Sur la carafe, trois lignes suffisent : LA MICHELINE, REINE DES LIQUEURS, CARCASSONNE. Voilà une marque qui ne doute de rien. Mais qui la fabriquait, et depuis quand ? Le registre des marques déposées répond sans détour.
Un matin de janvier 1912, au greffe de Carcassonne
Le 24 janvier 1912, à dix heures du matin, un homme se présente au tribunal de commerce de Carcassonne. Il s’appelle Michel Sabatier. Il est distillateur liquoriste, et il habite la ville. Sous le numéro 113, il fait enregistrer la marque de « la liqueur de sa fabrication, dite La Micheline ».
Le formulaire porte sa signature. Le greffier, Charles Fédou, contresigne en dessous. Rien d’autre : un dépôt de marque ne raconte pas d’histoire, il constate. C’est précisément ce qui en fait une bonne source.
L’étiquette dit déjà tout
Sur l’étiquette collée au registre, Dame Carcas monte la garde en armure, lance au poing. À côté d’elle trône la bouteille. Le texte annonce une « vieille liqueur exquise de la Cité de Carcassonne ».
Ainsi, dès 1912, la maison vend d’abord un décor : les tours, la légende, la Cité. Notre carafe, elle, garde la formule la plus courte et la plus fière. Reine des liqueurs, point final.
Ce que la maison racontait d’elle-même
La réclame Sabatier faisait remonter la recette à une très lointaine tradition, et se proclamait « reine des liqueurs » après l’Exposition universelle de 1900. Ces deux affirmations viennent de la maison elle-même. On les cite donc avec des pincettes, car une marque est rarement avare de superlatifs sur son propre compte.
Le dépôt de 1912, en revanche, est un fait daté et signé. Il donne un nom, un métier et une ville. Pour une carafe qui ne portait qu’un slogan, c’est déjà beaucoup.
Source : INPI, archives historiques, marques de fabrique et de commerce 1857-1920, registre 1MA369 (Liqueurs et spiritueux, 1911-1912), vue 397 — dépôt n° 113 du 24 janvier 1912, greffe du tribunal de commerce de Carcassonne.
