La distillerie Loubert était établie à Saint-Denis, aux 21 et 23 rue de Paris, dans l’ancien département de la Seine (aujourd’hui la Seine-Saint-Denis). Connue d’abord sous le nom de Loubert et fils, puis de Loubert Frères, elle était dirigée dès la fin du XIXe siècle par Paul Loubert.

Une maison ancienne
La plus ancienne mention retrouvée à ce jour remonte à 1859 : l’annuaire du commerce Didot-Bottin recense, dans la rubrique des distillateurs de l’arrondissement de Saint-Denis, un « Loubert, distillateur d’absinthe ». La maison est ensuite attestée par une lettre du 25 janvier 1866, à l’en-tête « Loubert, négociant distillateur, rue de Paris 23, Saint-Denis (Seine) ». En 1893, le Journal de Saint-Denis mentionne « Loubert, Paul, distillateur, 23, rue de Paris » : la présence de Paul Loubert à la tête de l’affaire est donc assurée dès cette date, et non seulement à partir des papiers commerciaux de 1905-1906 qui l’attestaient jusqu’ici.
En 1897, la société change de forme : la Revue des vins et liqueurs signale que « Loubert et fils », distillerie établie 21 et 23 rue de Paris et 23 rue Riant à Saint-Denis, voit le retrait de M. Alexandre Loubert et l’admission de M. Gaston Loubert « à ses lieu et place » — la raison sociale devenant alors Loubert Frères. Au tournant du siècle, l’affaire est devenue une véritable usine à vapeur.
Absinthe, amer, liqueurs et cidres
L’usine à vapeur était dédiée à la fabrication d’absinthe, d’amer, de liqueurs, de fruits et de sirops ; un en-tête commercial de la maison porte d’ailleurs, à côté de « Distillateurs », la mention « Vins & Cidres ». La maison exploitait aussi un entrepôt d’eaux-de-vie, de vins fins et de vinaigres. Ses papiers commerciaux affichaient plusieurs récompenses, dont des médailles obtenues à Paris en 1878, 1897 et une médaille d’or en 1900. L’adresse télégraphique était simplement « Loubert Saint-Denis » et la maison était joignable au téléphone numéro 38.
Une affaire familiale, ancrée dans le négoce dionysien
Loubert Frères était une affaire de famille : Paul, Alexandre puis Gaston Loubert s’y succèdent ou s’y associent au fil des actes retrouvés. En 1899, un début d’incendie touche la distillerie, rue de Paris ; le personnel le maîtrise rapidement, et Gaston Loubert y est cité comme intervenant (Journal de Saint-Denis). En 1909, Gaston Loubert figure séparément dans l’annuaire du commerce comme négociant en vins en gros à Saint-Denis, signe d’une activité de négoce distincte de la distillation. La maison disposait par ailleurs de son propre réseau de vente, comme en témoigne une carte postale montrant Joseph, représentant de la maison Loubert en vins et spiritueux, à Saint-Denis. La dernière mention retrouvée à ce jour date de 1914 : le bulletin de la Chambre syndicale du commerce en gros des vins et spiritueux de Paris et du département de la Seine signale un « M. Loubert » parrainant l’admission d’un confrère dionysien — preuve que la maison restait, à la veille de la Première Guerre mondiale, un acteur reconnu de ce négoce.
Une exposition publicitaire qui reste à découvrir
Les recherches menées sur les marchés de collection (eBay, Delcampe) n’ont ramené, pour cette maison, que des documents commerciaux — factures, lettres à en-tête, une carte postale de représentant — et aucune affiche, plaque émaillée, cendrier ou buvard portant le nom Loubert. Cette absence ne prouve pas que la maison n’a jamais fait de réclame : elle dit seulement que rien de tel n’a été retrouvé à ce jour par les voies interrogées. Ce que les sources montrent, en revanche, c’est une maison qui s’appuyait sur la correspondance commerciale et sur un représentant itinérant plutôt que sur l’affichage de rue.
Que devient la maison ?
Aucune source consultée ne permet d’établir ce que devient la maison Loubert après 1914. Le devenir de l’affaire — poursuite, cession ou disparition à l’occasion de la Première Guerre mondiale — n’est pas établi.
Sources
Annuaire-almanach du commerce Didot-Bottin, 1859 et 1909 (Gallica/BnF) ; Journal de Saint-Denis, 17 septembre 1893 et 5 octobre 1899 (Gallica/BnF) ; Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation, 1897 (Gallica/BnF) ; Bulletin mensuel de la Chambre syndicale du commerce en gros des vins et spiritueux de Paris et du département de la Seine, octobre 1914 (Gallica/BnF) ; correspondance et papiers commerciaux de la maison Loubert (1866, 1905, 1906) et carte postale du représentant de la maison, documents conservés sur le marché des vieux papiers.
