Fernet Branca est un amer digestif fabriqué à Milan par la maison Fratelli Branca (« Frères Branca »), fondée par Bernardino Branca. Selon la presse italienne consultée à la Bibliothèque nationale de France, Bernardino Branca, alors petit marchand établi à Pallanza, s’installe à Milan avec sa famille en 1864, via San Giuseppe ; il y meurt en 1886, à l’âge de 84 ans, laissant la direction de la maison à ses descendants (Il Pensiero di Nizza, 28 novembre 1891).
En 1892, la revue parisienne Le Panthéon de l’industrie consacre un article à la « Casa Fratelli Branca di Milano » : la maison y est décrite comme un distillateur industriel — « colla sua distilleria di alcool, la sua fabbrica del Fernet Branca ed altri liquori » — employant alors plus de mille ouvriers à Milan. L’article recense dix-sept récompenses obtenues dans des expositions internationales (Londres, Paris, Vienne, Milan, Turin, Bruxelles, Philadelphie, Sydney, Melbourne) ainsi qu’un Grand Diplôme d’Honneur remporté à l’exposition de Palerme. La maison fabrique donc elle-même son amer : ce n’est pas un négociant qui embouteille un produit tiers.
Une brochure publicitaire illustrée d’environ 1900-1901, conservée par un collectionneur, porte l’inscription « FERNET-BRANCA dei FRATELLI BRANCA – MILANO » et revendique d’être « i soli che ne posseggono il vero e genuino processo » (les seuls à détenir le procédé vrai et authentique) — une formule qui trahit, dès cette époque, l’existence de contrefaçons ou d’imitations concurrentes. Le dépliant reproduit un témoignage médical daté de Florence, 16 juin 1901, signé du docteur Gino Verità, assistant à la Clinique générale de médecine de Florence, qui range le Fernet-Branca « uno dei migliori » (l’un des meilleurs) parmi les toniques amers, avec une mention du maire de Florence datée du lendemain. En 1934, un registre français des marques de vins et liqueurs à l’exportation enregistre le dépôt de la marque Fernet-Branca — aux côtés de trois autres produits de la maison, Fiori Alpini, Americano et Vino Chinato — au nom de Bernardino Branca, Carolina Branca (épouse Dolfin Boldu) et Paolo Dolfin Boldu, domiciliés 35 via Broletto à Milan.
La maison s’est exposée par une publicité soignée et continue. En 1911, l’affichiste Leonetto Cappiello signe pour elle une affiche « Aperitivo digestivo Fernet-Branca… », aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale de France — une commande qui situe la marque parmi celles qui pouvaient s’offrir les grands noms de l’affiche Belle Époque. La presse française relaie aussi des encarts publicitaires en pleine Première Guerre mondiale (1916, 1918), signe d’une diffusion qui ne s’est pas interrompue durant le conflit. Le commerce de comptoir a reçu ses propres objets publicitaires : un cendrier émaillé « FERNET-BRANCA » circule aujourd’hui parmi les objets de collection, aux côtés de verres et de flacons de dégustation.
Des factures commerciales à en-tête « FRATELLI BRANCA – MILANO », datées de 1928 puis de 1969 (sous la raison « Fratelli Branca Distilleries »), attestent la continuité de la maison sous ce nom sur plus d’un siècle. Celle de 1928 précise que la maison est alors constituée en société anonyme au capital de 15 000 000 de lires, siège à Milan, et se présente comme « fornitrice di S. M. il Re d’Italia e di altre Corti » (fournisseur de Sa Majesté le roi d’Italie et d’autres cours) — un statut de fournisseur royal qui atteste sa notoriété commerciale à cette date.
Les registres de dépôt de marques de l’INPI conservent une douzaine de dépôts de la marque, faits au greffe du tribunal de commerce de Paris par la maison milanaise : le premier le 18 octobre 1878, au nom de la « Société Fratelli Branca » (1MA346, vue 120-4, dépôt n° 2174), puis en 1888 au nom de « Branca Stefano » (1MA353, vue 129-1, dépôt n° 4481). Après sa mort, sa veuve, « Maria Scala », dépose en 1895 pour la maison et pour ses enfants mineurs (1MA358, vues 78-3, 78-4, 111-3 et 111-4), et les dépôts se poursuivent au nom des héritiers Dolores, Bernardino et Carolina Branca en 1896, 1897, 1910 et 1916 (1MA358, 1MA359, 1MA368 et 1MA372).
Sources complémentaires — registres de dépôt de marques de l’INPI, 1MA346 (vue 120-4, n° 2174), 1MA353 (vue 129-1, n° 4481), 1MA358, 1MA359, 1MA368 et 1MA372.
