Qui — La maison qui a fait distribuer ce tire-bouchon publicitaire, gravé « Une Bichonnée » et « François Reynaud Aîné », remonte à la distillerie fondée à Grenoble en 1720 par Mathieu Teisseire, vinaigrier puis liquoriste réputé pour son ratafia de cerises. Rachetée en 1907 par François Reynaud, ancien représentant en liqueurs et spiritueux, elle continue d’être désignée par son nouveau nom dans la presse professionnelle : « Distillerie Reynaud, Grenoble » en janvier 1931, puis « Distillerie Teisseire-Reynaud, à Grenoble » en novembre 1937. Le nom « François Reynaud Aîné » gravé sur le tire-bouchon suit une tradition locale déjà ancienne : la maison Teisseire elle-même se nommait « Teisseire aîné » plus d’un siècle plus tôt, en 1809.
Quoi — Une monographie locale consacrée à la maison rapporte qu’après sa reprise de 1907, Reynaud innove avec plusieurs créations propres, en plus du ratafia Teisseire : un alcool proche du pastis appelé « la Bichonnay », un apéritif à base de vin nommé « la Bichon », et un alcool fort à base de goudron de Norvège, « le Fra ». Le nom « la Bichonnay » recoupe, à l’orthographe près, l’inscription « Une Bichonnée » portée par le tire-bouchon et par le carafon de bistrot rattachés à cette fiche : il s’agit vraisemblablement d’un seul et même produit, une liqueur anisée proche du pastis, dont la graphie a pu varier d’un support publicitaire à l’autre.
Quel commerce — Distillateur fabriquant, la maison exploite alors conjointement l’ancienne marque Teisseire (le ratafia, produit historique fondateur) et ses créations propres, dont « Une Bichonnée » fait vraisemblablement partie.
Que devient-elle — François Reynaud meurt en 1927, à 63 ans. Ses fils, notamment Marcel, reprennent l’affaire et l’orientent progressivement vers les sirops de fruits sans alcool, activité sous laquelle la maison, devenue Teisseire, deviendra au XXe siècle le leader français du secteur. Rien n’indique que « Une Bichonnée » ait survécu à ce virage vers le sans-alcool.
Comment s’exposait-elle — Deux objets de collection ont pu être rattachés à cette marque : un carafon de bistrot moulé « Garçon !! Une Bichonnée », et un tire-bouchon publicitaire dont le manche porte, en trois lignes imprimées — une accroche effacée, puis « Une Bichonnée », puis « François Reynaud Aîné » —, signe qu’au-delà de la verrerie de comptoir, la maison distribuait aussi de petits objets publicitaires à son nom. Aucune affiche, plaque émaillée ni buvard n’a pu, en revanche, être rattaché spécifiquement à cette marque ; la presse professionnelle des vins et spiritueux publiait pour la maison des réclames typographiques plus classiques, comme celle retrouvée pour le Ratafia Teisseire en janvier 1931.

