La maison est fondée à Saint-Étienne (Loire) en 1892, quand MM. Jallon et Bonnard s’associent pour créer une liquoristerie qui prend leur nom. Vers 1908, Bonnard quitte l’affaire : la raison sociale devient « J.B.J. Jallon », les initiales J.B. rappelant les deux fondateurs et le J final désignant Jallon, devenu seul successeur. Un annuaire administratif et commercial de la Loire de la même année recense « Jallon J.-B., liquoriste » à Saint-Étienne ; un avis légal publié en janvier 1910 dans les Petites affiches de la Loire et dans L’Express républicain de Saône-et-Loire situe M. Jallon, distillateur, au 23 rue Marengo, à Saint-Étienne.
La maison distille et prépare des liqueurs et apéritifs de plusieurs sortes : une Absinthe Idéale, une Menthe des familles, une Arquebuse dite « du Patronage », et un apéritif au quinquina, le Quina Oriental, présenté comme tonique reconstituant contre les faiblesses d’estomac et le manque d’appétit — avec la précision légale d’usage, « n’est pas un médicament ». Ce dernier produit vaut à la maison une grande médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris de 1900, mention qu’elle fait figurer sur ses étiquettes aux côtés d’un monogramme couronné « J & B ».
La maison s’est donné les moyens de se faire connaître : un éventail publicitaire vante l’Absinthe Jallon & Bonnard, repris dans une réclame parue dans l’Annuaire du commerce de l’Isère de 1907 ; l’étiquette chromolithographiée du Quina Oriental, à fond jaune moiré et texte rouge et noir, associe un blason armorié à deux angelots sonnant de la trompette. Une carafe portant, gravée à même le verre, la formule « Liqueurs de toutes sortes… Produits… sous le patronage… Maison Jallon… Société du Bon Samaritain » atteste que la maison faisait aussi graver sa réclame sur la verrerie qu’elle plaçait chez les débitants.
Au tournant des années 1920, la gamme « au Patronage » — Arquebuse, Quina, Rhum — est distribuée en gros par la Société du Bon Samaritain, installée rue Foyatier à Saint-Étienne, une société au capital important : un million de francs, réduit selon un avis publié en mars 1927. En décembre 1922, un « M. Jallon, Samaritain, rue Foyatier » figure encore parmi les donateurs d’une tombola stéphanoise, avec quatre bouteilles d’anisette. Le lien exact entre la maison J.B.J. Jallon et la Société du Bon Samaritain — même raison sociale sous un autre nom, association commerciale, ou société distincte prenant simplement en charge la distribution — n’est pas établi avec certitude par les sources réunies ici ; leur adresse commune, la continuité de la gamme « au Patronage » et la mention conjointe des deux noms sur une même carafe désignent en tout cas un lien étroit. 1927 est la dernière trace connue de l’affaire.
