Le Goudron Klairjo est une spécialité de la Grande Distillerie Vierzonnaise, la maison de Georges Meslin, distillateur à Vierzon (Cher) — « maison fondée en 1878 » selon son propre papier à en-tête. La marque, déposée, était accompagnée d’un logo au coq, et la maison utilisait le téléphone n° 75 et l’adresse télégraphique « MESLIN, VIERZON ». Les traces les plus anciennes de la marque dans la presse remontent à 1908 ; les dernières mentions liées à Georges Meslin datent de 1924.
Comme son nom l’indique, le Klairjo était un goudron : une liqueur à base de goudron de Norvège (résine de pin), catégorie de boisson très répandue à l’époque et présentée comme un remède de bon sens autant que comme un apéritif — « se prend à toute heure du jour », dit une réclame algérienne de 1924. La presse le qualifie tour à tour de « liqueur hygiénique » et d’« apéritif plus hygiénique que tous les Amers » : l’argument commercial oppose systématiquement le Klairjo, présenté comme sain, aux amers classiques.
Georges Meslin était un distillateur qui fabriquait lui-même sa gamme — le Goudron Klairjo, mais aussi une liqueur nommée la Berrichonne (dont l’étiquette revendiquait un brevet de 1868, antérieur à la fondation même de la maison), un Quinquina Furor et une Liqueur du Père Leduc. La maison cherchait activement des représentants « gros et détail » dans la presse professionnelle parisienne dès 1913, signe d’une diffusion qui dépassait le seul Berry : le Klairjo se retrouve annoncé jusqu’à Oran et Orléansville, en Algérie, au début des années 1920.
Le nom « Berrichonne », déjà porté par une des spécialités de Georges Meslin, réapparaît ensuite dans la raison sociale d’une autre maison du Cher : les Établissements Alex Buteau, « Distillerie de la Berrichonne », à Ourouer-les-Bourdelins. Dès 1927, le rapport de l’Exposition française de Madrid cite le « Goudron Klairjo » et la « Prunelle Buteau » parmi les spécialités d’Alexis Buteau ; une réclame de 1934 place encore le Klairjo parmi « les spécialités qui ont fait la réputation de la Maison » Buteau, aux côtés de l’Anis Furor. La marque « Goudron Klairjo » a finalement été déposée en tant que telle, le 30 juin 1937, au greffe du tribunal de commerce de Bourges, par la société anonyme des Établissements Alex Buteau. Le mécanisme exact de cette transmission — rachat, succession, association — n’est pas établi par les sources réunies ici ; seule la continuité du nom, du secteur et du département est attestée.
La marque s’est aussi affichée par des moyens plus spectaculaires qu’une simple réclame de presse. En avril 1910, la Grande Distillerie Vierzonnaise fit créer à Bourges une chanson-marche, « Le Klairjo », interprétée par le chansonnier Potin Berruyer avec un orchestre symphonique — sur scène apparaissait un « coq phénoménal » qui lançait son cocorico, écho du coq de la marque déposée imprimé sur les factures de la maison. La chanson et des bouteilles de Klairjo étaient distribuées gratuitement au public. Trois ans plus tard, à Montluçon, un « char du Klairjo » organisé par la distillerie défilait dans une fête locale, remarqué par la presse. Ce niveau d’investissement publicitaire — chanson commandée, orchestre, char de défilé — situe le Klairjo parmi les marques régionales qui ont mis des moyens réels dans leur image, bien au-delà de la simple étiquette.
Sources — Facture à en-tête « Grande Distillerie Vierzonnaise, Georges Meslin, Vierzon (Cher) », s.d. (vers 1915-1918) (annonce eBay archivée). L’Indépendant du Cher (Bourges), 29 février 1908 et 10 avril 1910 ; La Dépêche du Berry (Vierzon), 7 avril 1910 ; La Publicité (Paris), 1910 ; L’Écho d’Oran, 31 décembre 1912 ; L’Écho de l’Allier (Montluçon), 13 mars 1913 ; Commerce et industrie (Paris), 1913 ; Écho des marchés du Centre (Issoudun), 13 janvier 1916 ; L’Émancipateur (Bourges), 2 juillet 1922 ; Journal du Cher (Bourges), 26 décembre 1910 et 17 septembre 1924 ; Le Progrès (Orléansville/Alger), 16 octobre 1924 ; Rapport général de l’Exposition française à Madrid, mai-juin 1927 ; Journal de Sancerre, 30 juin 1934 ; La Journée vinicole (Montpellier), 4 décembre 1937 — dépôt de marque au greffe du tribunal de commerce de Bourges (n° 952) par les Établissements Alex Buteau (Gallica / BnF).
