« La Gauloise » est une liqueur dite « hygiénique », la « centenaire liqueur » comme l’écrivait sur son papier à en-tête la maison E. Requier, distillateur à Périgueux (Dordogne). Cette maison se déclarait « fondée en 1783 » ; il s’agit de sa propre affirmation, portée par ses en-têtes de 1910, 1929 et 1933, et nous n’avons pas trouvé de document d’époque qui l’établisse. Les registres de dépôts de marques de liqueurs de l’INPI montrent en revanche une lignée périgourdine bien attestée : Requier et Maslin, puis Raymond Requier, liquoriste, qui dépose « La Gauloise » le 24 septembre 1880 (registre 1MA347, vue 119), les frères Requier, distillateurs, en 1894 (1MA357, vues 146 et 178), enfin Édouard Requier, négociant distillateur, en 1905 (1MA364, vue 145) et en 1909 (1MA367, vue 119).
La maison se présente sur ses factures comme une « fabrique de liqueurs » : elle distille elle-même, et vend aussi bien à des négociants (une traite de 42,50 francs tirée en 1910 sur des négociants d’Argenton-sur-Creuse, dans l’Indre) qu’à des cafés (une facture du 14 janvier 1929 pour douze litres de « Gauloise jaune » à 15,75 francs le litre, soit 189 francs, sur un total de 362,60 francs). La « Gauloise jaune » y voisine avec la verte : la liqueur existait en deux qualités, que la littérature actuelle distingue par leur titre alcoolique (48° pour la verte, 40° pour la jaune). Une facture de juillet 1933 la porte encore sous l’en-tête de la maison. Les en-têtes sont illustrés d’une bouteille verte à capsule rouge, dont l’étiquette porte la mention « Hors concours » et les initiales « R · R ».
La maison avait fait de ses récompenses un argument commercial. L’en-tête de 1910 énumère, sous le titre « principales récompenses », des médailles d’or et diplômes d’honneur aux expositions de Lyon (1894), d’Amsterdam (1895), de Bordeaux (1895 et 1907, où elle est « hors concours, membre du jury »), de Bruxelles (1897), de Paris (1900, « hors concours, rapporteur du jury »), de Glasgow, de Hanoï (1903), de Saint-Louis aux États-Unis (1904), de Liège (1905) et de Milan (1906). L’année de Glasgow se lit différemment selon les pièces (1902 ou 1908) : nous ne tranchons pas. Ces pièces sont imprimées à Lyon, par l’imprimerie E. Arnaud ; ce détail relève de l’exemplaire, non de la maison.
Côté exposition publicitaire, la marque a surtout laissé du papier commercial : des en-têtes chromolithographiés avec la bouteille en pied, des traites et des factures, ainsi que, selon des annonces de collectionneurs, un menu publicitaire de 1934 et une facture de 1950 aux « Établissements E. Requier » : la maison était donc encore en activité au milieu du siècle. Aucune affiche ni plaque émaillée n’a été retrouvée à ce jour.
Quant à l’histoire racontée aujourd’hui autour de la liqueur — une recette gallo-romaine retrouvée en 1783 dans un grimoire par un Édouard Requier, dont la descendance aurait exploité la liqueur —, elle ne repose, à notre connaissance, que sur des sources secondaires non documentées ; nous la rapportons comme une légende de marque. La liqueur « La Gauloise » vendue de nos jours est produite par une distillerie de Limoges ; la filiation avec la maison périgourdine n’est affirmée que par ces mêmes sources. Plusieurs autres maisons ont déposé le même nom (à Lyon en 1876, à Paris en 1879) : elles n’ont rien à voir avec les pièces décrites ici.
Sources : registres de dépôts de marques de liqueurs de l’INPI (1MA346, 1MA347, 1MA357, 1MA364, 1MA367) ; en-têtes, traite et factures de la maison E. Requier, Périgueux, de 1910, 1929 et 1933 (pièces archivées) ; annonces Delcampe de collectionneurs (facture de 1950, menu de 1934) ; Wikipédia, article « La Gauloise (liqueur) » (source secondaire).
