La Santhune est une anisette de la maison Bailly Frères & Cie, distillateur installé à Montgesoye, dans le Doubs, entre Ornans et Pontarlier. La distillerie Bailly voit le jour en 1877 à Ornans ; en 1887 l’entreprise devient Bailly Frères & Cie, et c’est à Montgesoye, où elle a ouvert une succursale, que se trouve l’outil de production. La maison est déjà connue à cette date pour le « Super-Absinthe Bailly », marque déposée le 9 décembre 1896, reconnaissable à son logo en trèfle.
La Santhune se présente elle-même, dans la presse des années 1920, comme un « Super-Anis » : une liqueur anisée haut de gamme, dans la lignée des grandes marques d’apéritif anisé qui se multiplient après l’interdiction de l’absinthe en France. Elle figure au catalogue de la maison aux côtés du Quinquina Bailly, de vermouths, du Coca-Bly, du Cherry Brandy, du Génépy des Alpes, d’un kirsch de la vallée de la Loue et d’une liqueur appelée La Minime.
Bailly Frères & Cie est un distillateur qui fabrique et commercialise lui-même l’ensemble de cette gamme, avec un agent pour l’exportation à Paris. Le 29 mars 1928, la maison est reconstituée en société anonyme sous le nom de Société Nouvelle de Distilleries — Anciens Établissements Bailly Frères & Cie, au capital de 1 600 000 francs ; les statuts sont déposés en l’étude de Me François, notaire à Longeau (Haute-Marne), et le siège social est fixé 6, rue Saint-Vincent-de-Paul à Paris, tandis que la distillerie reste à Montgesoye. Une action au porteur de cette société, émise le 25 mai 1928, porte ces mentions et confirme la date de fondation de 1877.
La maison expose régulièrement ses produits dans les foires-expositions de Franche-Comté au milieu des années 1920 : la presse de Besançon décrit un « stand artistiquement décoré » où sont présentés le quinquina, la Santhune, le cherry brandy et le génépy. Avant la Première Guerre mondiale déjà, la maison avait fait imprimer, pour son quinquina, une grande affiche de style Art nouveau — une femme drapée levant un verre à pied devant un décor de pampres et de médaillons à sphinx ailés — chez l’imprimeur parisien P. Vercasson & Cie. Aucun objet publicitaire (étiquette, carafe, cendrier) portant spécifiquement le nom « La Santhune » n’a été retrouvé par les voies consultées (eBay, Delcampe) ; les pièces localisées documentent la maison Bailly dans son ensemble plutôt que cette marque en particulier.
Aucune source consultée ne permet d’établir ce que devient la Santhune après la réorganisation de 1928 : ni date d’arrêt de fabrication, ni éventuelle absorption de la maison, ne sont établies à ce jour.
