« Amer à la Mandarine » ne désigne pas la marque d’une seule maison, mais un type de boisson apéritive répandu dans les catalogues de distillateurs français entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe : un amer parfumé à l’écorce de mandarine, décliné par de nombreuses fabriques locales, chacune sous sa propre étiquette.
Qui. Aucune maison unique ne semble avoir déposé ce nom comme marque propre : les étiquettes conservées portent des raisons sociales très diverses. On trouve ainsi un « Amer à la Mandarine » chez Alex Ricard (Carmaux, Tarn), chez Douin et Jouneau (Paris), chez la maison Wetterwald (Bordeaux, étiquette numérotée 262), chez Morane, ou encore chez Lafricain (Saint-Ambroix, Gard). Une réclame de la maison narbonnaise J. Gaichet, successeur de l’ancienne maison Fossé (21, rue du Beffroi, Narbonne), publiée en 1927-1928 dans le carnet poétique narbonnais Anadyomenê, cite « Amer à la Mandarine » et « Amer Thérèse » (fabrication Thérèse Picon) parmi les spécialités de cette grande fabrique de liqueurs, sirops et vins fins, aux côtés de son anis maison, l’Anis Fossé.
Quoi. Un amer, c’est-à-dire une liqueur à dominante amère, ici aromatisée au zeste de mandarine plutôt qu’à la gentiane ou au quinquina. Les étiquettes le présentent comme un amer « supérieur », « qualité supérieure », se buvant pur, étendu d’eau fraîche ou d’eau de Seltz — un usage de comptoir proche des amers toniques de la même époque.
Quel commerce. Tout indique un genre commercial ouvert plutôt qu’un produit sous licence d’une seule marque : chaque distillerie ou fabrique de liqueurs et sirops semble avoir ajouté sa propre version d’« Amer à la Mandarine » à son catalogue, comme elle l’aurait fait d’une anisette ou d’un curaçao maison.
Que devient-elle. Comme beaucoup de ces amers de fabrication locale, le type paraît s’effacer après la Seconde Guerre mondiale, concurrencé par les grandes marques nationales d’apéritifs anisés et de bitters industriels — aucune des maisons répertoriées n’a laissé de trace connue de l’usage du nom au-delà du milieu du siècle.
Exposition publicitaire. Ce que la recherche d’objets a ramené, pour ce nom, se limite à des étiquettes de bouteille chromolithographiées, à décor de fruits et de fleurs — aucune affiche, plaque émaillée ni cendrier associés au nom « Amer à la Mandarine » lui-même. C’est cohérent avec un produit de catalogue plutôt qu’avec une marque à grand budget publicitaire : chaque maison misait sur l’étiquette imprimée en couleurs pour vanter, comme celle de la maison Morane, « le bon goût et la finesse de l’arôme ».
