La maison Marie Brizard et Roger est fondée à Bordeaux en 1755. Marie Brizard (1714-1801), troisième des quinze enfants du tonnelier et bouilleur de cru Pierre Brizard, s’associe à Jean-Baptiste Roger (1731-1795), un neveu par alliance, pour fabriquer une liqueur d’anisette. La tradition familiale, consignée dans un livre de famille de 1914-1918 conservé à la Bibliothèque nationale de France, rapporte que Roger avait épousé Anne Brizard, fille de Martial Brizard — le lien entre les deux fondateurs de la maison est donc un lien de famille, pas seulement d’association commerciale. Des factures d’époque (1806, 1809) conservées dans ce même fonds mentionnent déjà la vente de bouteilles d’« anisette fine » et d’« anisette surfine », confirmant que la production d’anisette est bien établie au tout début du XIXe siècle.
Le produit fondateur est l’anisette, une liqueur à base d’anis vert et d’aromates, alors une fabrication courante à Bordeaux, où affluent par le port les épices, écorces d’oranges, cacao, coriandre, cannelle et vanille des colonies. La gamme s’élargit ensuite au curaçao, au cacao Chouao, au cherry-brandy, au cognac et à diverses liqueurs de fruits (abricot, menthe) — une publicité de presse de 1912 archivée pour cette fiche l’atteste en toutes lettres : « MAISON FONDÉE EN 1755 / MARIE BRIZARD & ROGER / BORDEAUX / ANISETTE / CURAÇAO . CACAO CHOUAO . CHERRY-BRANDY ».
La maison Marie Brizard et Roger est un fabricant-distillateur, pas un simple négociant : elle produit et met en bouteille elle-même sa gamme, sous sa propre raison sociale, depuis son siège et son usine de la rue Fondaudège à Bordeaux à partir de 1874 (chais et atelier bâtis en 1878). Elle exporte largement dès le XIXe siècle : la presse coloniale de la fin du siècle atteste sa présence jusqu’à La Réunion et à Madagascar, aux côtés de la Grande Chartreuse et d’autres liqueurs.
Dirigée pendant plusieurs générations par les familles Glotin puis Achard, descendantes des fondateurs par alliance, la maison reste une entreprise familiale jusqu’à la fin des années 1990. Rachetée en 2006 par le groupe de spiritueux Belvédère, elle lui donne son nom en 2015 : le groupe devient Marie Brizard Wine & Spirits (MBWS), qui possède aujourd’hui également la marque de pastis Berger. Après des difficultés financières et une procédure de sauvegarde entre 2008 et 2013, puis une sortie anticipée des plans de redressement en 2016, le groupe a quitté son site historique bordelais (détruit en 2017) : la production de la gamme Marie Brizard est aujourd’hui installée à Zizurkil, au Pays basque espagnol, où la société possède une usine depuis 1968. La marque subsiste donc, sous une raison sociale et une implantation très différentes de celles de son origine bordelaise.
Maison de tout premier plan, Marie Brizard et Roger a soutenu sa notoriété par une exposition publicitaire à la mesure de son rang : publicités de presse dès le début du XXe siècle (1903, 1906, 1912, 1926 pour les pièces retrouvées), affiches, cartons publicitaires en couleur pour l’« Anisette superfine » et l’« Anisette extra dry », plaquettes de présentation de gamme, verres et carafes de bistrot, miroirs de poche publicitaires, cartes postales. Ce déploiement, inhabituel pour les petites marques locales du même corpus, correspond à une maison dont la diffusion dépassait largement le cadre régional.
