Pernod Export était un apéritif anisé, vert, titrant 40°, produit à l’origine par la maison Pernod Père et Fils, d’Avignon. Cette maison avignonnaise n’était pas, à l’origine, la même entreprise que la célèbre distillerie fondée en 1805 à Pontarlier par Henri-Louis Pernod : elle prolongeait une entreprise privée fondée en 1860, constituée en société en nom collectif en 1916 sous le nom « Établissements Pernod Père et Fils », puis transformée en commandite par actions (1919) et en société anonyme (1921), au capital de 2 millions de francs — selon le profil financier qu’en donne l’hebdomadaire L’Européen le 21 juillet 1933.
La plus ancienne mention retrouvée de la marque elle-même date du 15 juin 1926 : une annonce publiée dans La Grande revue des vins et alcools, sous la raison « PERNOD Père et Fils — Avignon – Paris – Bordeaux », présente côte à côte « PERNOD EXPORT (Vert) 40° » et son pendant incolore « Oxygène (Blanc) », tous deux qualifiés d’« apéritif anisé ». Cette date précède de plusieurs années celle parfois avancée pour le lancement de la marque : elle situe son origine du côté de la maison avignonnaise, avant la fusion qui allait réunir les deux grandes maisons Pernod.
Car il existait alors une seconde maison, rivale, portant elle aussi le nom Pernod : la société « A. Hémard et Pernod Fils », née de l’association entre la maison Hémard, de Montreuil-sous-Bois, et la Société Veil-Picard et Cie, propriétaire de l’ancienne marque d’absinthe « Pernod Fils » de Pontarlier — celle-là même fondée en 1805, réduite au silence par l’interdiction de l’absinthe en 1915. L’Européen décrit une concurrence commerciale et publicitaire vive entre les deux maisons dans les années 1920 (« la lutte fut chaude… entre les deux marques concurrentes »), qui aboutit « à une intime union » : la fusion de 1928, formant les Établissements Pernod, réunissant Pernod Fils (lignée de Pontarlier), Hémard (Montreuil) et Pernod Père et Fils (Avignon). L’adresse de la société fusionnée, 82 rue des Pyrénées à Paris (20e), est confirmée par le catalogue d’une foire-exposition de 1934, où la maison figure au « Hall E, stand 562 » avec, dans son propre descriptif, la liste de ses marques : « Pernod Fils, Pernod Export, Romano, Liqueurs, Sirops ».
Après la fusion, Pernod Export a donc continué d’exister comme l’un des noms commerciaux parallèles de la gamme des Établissements Pernod dans les années 1930, aux côtés de Pernod Fils, Un Pernod et, plus tard, Pernod Sec — une pratique de marque multiple déjà relevée pour la maison sur ce site à propos d’« Un Pernod ». Une réclame retrouvée demande explicitement au client d’« EXIGER LE MOT EXPORT », signe que la maison tenait à distinguer ce nom précis, au sein d’une famille de produits qui partageaient la même origine, le même degré et une bonne part de la même image de marque.
Comment la marque s’exposait : contrairement à une grande affiche murale, Pernod Export s’est surtout diffusé par la multitude des petits objets de comptoir propres à la réclame des apéritifs anisés — porte-crayon publicitaire en métal, éventail, thermomètre en carton de style Art déco figurant un immeuble, jetons de jeux de cartes en bois pour bistrots, carnets publicitaires. La maison a par ailleurs tenu un pavillon à l’Exposition internationale de Paris de 1937, dont une publicité de presse a été conservée. Cette abondance de petits objets utilitaires, diffusés par milliers dans les cafés, correspond à une marque de grande diffusion, plus qu’à une marque de prestige misant sur l’affichage urbain.
