La maison Sénéclauze est un négoce de vins fondé à Oran, en Algérie, en 1890, par Théodore Sénéclauze, alors âgé de vingt ans. Son idée, novatrice pour l’époque, est de vendre son vin exclusivement en tonneaux — sixains, barriques, demi-muids — par correspondance, directement à la clientèle de la métropole : il en serait l’un des tout premiers praticiens en France. La maison s’établit au domaine Saint-Eugène, dans la banlieue d’Oran, et se spécialise dans la sélection des grands vins d’Oranie, région alors en plein essor viticole — les vignobles algériens, qui ne couvraient encore que 110 000 hectares en 1890, atteindront près de 400 000 hectares à leur apogée, en 1936, exportant la quasi-totalité de leur récolte vers la France.
La qualité de la maison est reconnue tôt sur la scène internationale : Théodore Sénéclauze, exploitant à Aïn-el-Arba, figure au catalogue officiel de la section algérienne de l’Exposition coloniale de Marseille de 1906, pour ses vins rouge et blanc ; il est de nouveau exposant, sous l’adresse d’Oran, à l’Exposition franco-britannique de Londres de 1908. Dans l’entre-deux-guerres, la maison — parfois signée « F. Sénéclauze », vraisemblablement un parent associé à l’affaire — multiplie les envois publicitaires vers la métropole : une brochure de septembre 1924, dépliante, illustrée de scènes d’Algérie destinées à faire rêver la clientèle française (femmes en palanquin, café maure), présente le viticulteur du domaine Saint-Eugène et son offre en tonneaux.
Le commerce prospère : vers 1935, Pierre Sénéclauze, fils de Théodore, investit dans un domaine de prestige à Bordeaux, le Château Marquis de Terme, à Margaux — un grand cru classé de 1855 — signe qu’une maison de négoce coloniale pouvait accéder au premier rang du commerce des vins français. En 1962, au moment de l’indépendance de l’Algérie, la famille Sénéclauze quitte Oran pour s’installer à Marseille ; l’activité de négoce s’y poursuit et s’élargit aux vins du sud de la France, aux côtés des vins d’Algérie tant que le commerce le permet.
L’attachement de la famille à la Provence se confirme par deux acquisitions : en 1991, le Domaine de Val d’Arenc, sur les hauteurs du Beausset, en appellation Bandol — dont elle distribuait déjà les vins — puis, en 2007, le Domaine de Lauzade, en Côtes de Provence, qu’elle connaissait intimement pour en avoir longtemps assuré la distribution. La maison, aujourd’hui à sa quatrième génération, s’est ainsi transformée : de négociant en vins d’Algérie vendus en tonneaux, elle est devenue propriétaire de domaines viticoles provençaux.
Comment la marque s’exposait-elle en Algérie ? Le matériel publicitaire retrouvé — catalogues et brochures illustrées, cartes postales du domaine et de ses chais, étiquettes de bouteilles, tire-bouchons et petits objets de comptoir distribués aux débitants — dessine une maison de premier plan de la viticulture oranaise, présente aussi bien dans la correspondance commerciale que sur le zinc des cafés, de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1950, dans les toutes dernières années de l’Algérie française.
