« Saint-Raphaël Quinquina » est un apéritif français à base de vin et de quinquina, produit par la Société Saint-Raphaël (Paris), fondée en 1897 sous le nom de « Société Saint-Raphaël Quinquina ». La maison est l’œuvre de l’industriel lyonnais Pierre-Marie Juppet (1855-1915), qui avait créé dès 1884 une première société de boissons alcoolisées, « P. Juppet et Cie », et commercialise pour la première fois son quinquina en 1890. Le recueil officiel des Annales de la propriété industrielle, artistique et littéraire (1921, BnF/Gallica) mentionne pour la marque « Saint-Raphaël Quinquina » un dépôt régulier du 4 novembre 1890, renouvelé par la suite, complété d’un second dépôt au greffe du tribunal de commerce de Valence le 2 juillet 1898, sous le n° 267. Une légende maison, largement reprise, veut qu’un « docteur Juppet » ait imaginé la recette dès 1830 en invoquant l’archange Raphaël, guérisseur de la vue de Tobie dans la Bible ; aucune source primaire ne confirme cette date, qui doit être présentée comme une légende de marque et non comme un fait établi.
Le produit est un apéritif « composé de vins fins et de quinquina », selon la formule même employée par le tribunal de commerce dans un jugement de 1921 déjà cité. Il se décline en plusieurs variétés : un Saint-Raphaël Rouge et un Saint-Raphaël Ambré-Doré, élaborées à partir de mistelle dans laquelle macèrent écorces de quinquina, orange amère et gousses de vanille. C’est bien ce produit-là, et non un « Vin de Saint-Raphaël » homonyme vendu à la même époque par une maison distincte (la Compagnie du vin de Saint-Raphaël, alias Clément et Cie, de Valence), que porte l’inscription QUINQUINA de cette carafe : un arrêt de la Cour de Paris du 5 février 1902 a tranché que les deux marques, bien qu’homonymes, ne se faisaient pas concurrence déloyale l’une à l’autre.
La Société Saint-Raphaël n’est pas un simple négociant : elle est le fabricant et le titulaire de la marque, une société anonyme dotée dès 1898 d’un capital dépassant six millions de francs. Elle a mené une politique de défense active de sa marque, obtenant notamment un arrêt de la Cour d’appel d’Agen, le 6 juillet 1920, qui lui reconnaît la propriété exclusive des appellations abrégées « Raphaël » et « Un Raphaël ». Rachetée au fil du XXe siècle, la société est passée par le groupe Bacardi-Martini puis par la maison bourguignonne Boisset, avant de rejoindre en 2009 le groupe La Martiniquaise, qui commercialise toujours la marque aujourd’hui.
Cette carafe se distingue par son écu publicitaire : un blason coupé en deux, portant à gauche, sur fond blanc, un serveur en robe sombre tenant une bouteille, et à droite, sur fond rouge, un serveur en tenue blanche portant un plateau et un verre. Ce motif à deux personnages appariés annonce — ou décline — les célèbres « jumeaux » rouge et blanc de la marque, popularisés à partir de 1932 (un personnage pour chaque variété, Rouge et Ambré-Doré) et redessinés à la fin des années 1930 par l’affichiste Charles Loupot. Une tôle peinte façon blason reprenant ces deux mêmes silhouettes, fabriquée par l’atelier G. de Andreis à Marseille, est datée des années 1930 par un site spécialisé dans les objets publicitaires anciens — une datation de second rang, non confirmée par une source primaire, mais cohérente avec l’apparition du motif en 1932. La maison a par ailleurs largement diffusé sa marque par l’affiche, la plaque émaillée et le porte-menu, avec des slogans tels que « L’apéritif de France ! » ou « Aujourd’hui comme autrefois… la première marque des vins toniques ».
