« Saint-Raphaël Ducos » est le nom d’un vin tonique aromatisé, distinct de l’apéritif au quinquina bien connu de la Société Saint-Raphaël. La carafe conservée ici porte, moulée dans le verre (et non imprimée sur étiquette), l’inscription « St RAPHAËL / DUCOS ». Le nom « Saint-Raphaël » employé ici renvoie en réalité à la commune du même nom, sur la Côte d’Azur (Var) — une origine géographique revendiquée par plusieurs producteurs de vin tonique concurrents, et non à la maison parisienne du quinquina.
Le registre officiel des marques (Annales de la propriété industrielle, artistique et littéraire, 1921, BnF/Gallica) documente précisément l’origine de cette dénomination : un producteur nommé Guiraut dépose, le 19 juin 1908 au greffe du tribunal civil de Bordeaux, une série de dix marques associant « Saint-Raphaël » à des qualificatifs de parfum — citron, café, gomme, vanille, rose — et, pour plusieurs d’entre elles, au nom « Ducos ». L’une, déposée sous le n° 17.543, porte exactement « Saint-Raphaël… Ducos », une marque composée des mots « Saint-Raphaël » et « Ducos » associés à tout nom de fruit dont le jus ou l’extrait est additionné au vin dit « Saint-Raphaël Ducos ».
Ce dépôt a donné lieu à un long contentieux avec la Société Saint-Raphaël, propriétaire de la marque « Saint-Raphaël Quinquina ». La Cour d’appel de Rennes juge dès le 26 décembre 1905, dans une affaire opposant déjà la Société Saint-Raphaël Quinquina à Guiraut, que « le dépôt seul fixe l’étendue du droit de propriété de la marque » et que le déposant du nom composé « Saint-Raphaël Quinquina » — les deux mots étant fondus en un tout indivisible — ne peut prétendre à la propriété exclusive du seul mot « Saint-Raphaël », qui désigne d’abord une commune. Le litige se poursuit pendant plus d’une décennie : le tribunal civil de Bordeaux, la Cour de Bordeaux, puis la Cour de cassation, le 30 juin 1919, confirment que les marques de Guiraut — combinant « Saint-Raphaël » à un nom de fruit, avec ou sans l’adjonction de « Ducos » — ne peuvent se confondre avec celles de la Société Saint-Raphaël, seule propriétaire du qualificatif « quinquina ». La Cour d’Agen, saisie sur renvoi, tranche définitivement en ce sens le 6 juillet 1920.
« Saint-Raphaël Ducos » appartient donc à toute une famille de vins toniques aromatisés portant le nom de la commune varoise, en concurrence légale avec l’apéritif au quinquina de la maison parisienne : les mêmes Annales citent, aux côtés de Guiraut, d’autres producteurs ayant emprunté le même nom de lieu avec un qualificatif distinct (Voisin frères pour un « Saint-Marcel Quinquina », Clément et Cie de Valence pour un « Vin de Saint-Raphaël »). Rien n’indique que Guiraut ait été un négociant ou un concessionnaire de la Société Saint-Raphaël : les jugements le désignent au contraire comme un déposant concurrent, dont les marques ont été reconnues juridiquement distinctes. Aucune réclame publicitaire (affiche, plaque, étiquette) n’a pu être retrouvée pour cette marque au-delà de la carafe elle-même et des pièces judiciaires citées ; son devenir après 1920 n’est pas établi.
