L’anisette Saint-Sylvain est une liqueur anisée à 45°, produite par la distillerie de Félix Habib, établie rue de Colmar à Tunis. La carafe conservée ici porte l’inscription « ANISETTE St SYLVAIN » accompagnée de son titre alcoométrique, « 45° ».
La presse tunisienne des années 1950 atteste solidement cette identification. Le quotidien L’Écho de Tunis, dans son édition du 29 septembre 1951, annonce le mariage de Mlle Simone Habib, fille de M. Félix Habib — désigné entre parenthèses par sa maison, « Anisette St-Sylvain » —, avec M. Max Lumbroso ; la même page porte un encart publicitaire pour la marque, au slogan « Saveur exquise, bouquet divin ». Un second document, un fait divers de Tunisie-France du 2 janvier 1954, rapporte un cambriolage survenu « dans les bureaux de la distillerie de M. Félix Habib, rue de Colmar » — confirmant à la fois l’existence d’une distillerie en nom propre et sa localisation exacte à Tunis. Une troisième mention, dans Tunis-soir du 7 mars 1951, associe la marque à deux autres localités tunisiennes, Le Kef et Sousse, signe d’une diffusion qui dépassait la seule capitale.
Félix Habib apparaît donc comme un distillateur en nom propre, exerçant à Tunis dans les années 1950, plutôt que comme le dirigeant d’une société anonyme : aucune raison sociale distincte de son patronyme n’a été retrouvée dans les sources consultées. Le nom « Saint-Sylvain » choisi pour l’anisette n’a reçu aucune explication dans la presse dépouillée : rien ne permet d’affirmer s’il renvoie à un lieu, un saint patron ou un choix de pure fantaisie commerciale.
Aucune réclame publicitaire au-delà du petit encart de presse de 1951 — affiche, plaque émaillée, buvard — n’a pu être retrouvée pour cette marque sur les places de marché de collection consultées (eBay, Delcampe) : une absence qui peut autant tenir à la rareté réelle de ces objets qu’à la difficulté de rechercher, des décennies après l’indépendance de la Tunisie (1956), la trace d’une petite distillerie locale. Le devenir de la maison Habib et de sa marque après le milieu des années 1950 n’est pas établi.
