Tog est un quinquina de la maison Albert Trilles, négociant établi à Perpignan (Pyrénées-Orientales). La preuve la plus solide de cette identité est une affiche publicitaire de 1905, conservée au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, intitulée « Tog. Quinquina. Albert Trilles-Perpignan » — œuvre de Leonetto Cappiello, l’un des affichistes les plus recherchés de la Belle Époque, dont la signature seule atteste du budget publicitaire engagé par la maison. Une facture illustrée de 1919, au nom d’« Albert Trilles », mentionne également Tog aux côtés des vins de la maison.
La maison Trilles n’était pas un simple distillateur de quinquina : c’était une maison de négoce diversifiée du Roussillon, tournée vers les vins de la région. Un supplément officiel de la revue internationale de la propriété industrielle, daté du 31 mai 1909, enregistre au nom d’« Henri Trilles, négociant, Perpignan » plusieurs marques déposées : une pour des sardines à l’huile (1906), une autre pour un « Trilles Apéritif » (1909), avec mention du nom « Banyuls-Trilles » — le vin doux naturel de Banyuls étant la spécialité viticole de la région. D’autres documents commerciaux attestent d’une « Usine Distillerie Quinquina Banyuls & Trilles » à Perpignan (facture de 1911). Que Henri et Albert Trilles soient une seule et même maison, exploitée par plusieurs membres d’une famille, ou deux établissements distincts portant le même nom, n’a pas pu être tranché avec certitude — mais tous les documents retrouvés convergent vers la même ville et la même activité de négoce de vins et apéritifs à base de quinquina.
Le produit se présentait comme un quinquina de comptoir, à consommer tel quel : une carte postale publicitaire representant le Café Servole de Perpignan porte le slogan « Garçon, un Tog ! C’est le meilleur quinquina », qui situe la boisson dans l’univers du café plutôt que dans celui de la grande distillerie industrielle.
Ce qu’est devenue la marque après les années 1930 n’a pas pu être établi avec certitude à partir des sources consultées.
L’exposition publicitaire de Tog a été particulièrement soignée pour une marque de la taille de la maison Trilles. Outre l’affiche de Cappiello (1905), une seconde affiche, imprimée par la maison Vercasson à Paris — l’un des grands imprimeurs d’affiches publicitaires de l’entre-deux-guerres — date des années 1920. La marque a également sponsorisé, en 1935, l’équipe de rugby à XIII du club XIII Catalan, l’un des grands clubs sportifs de Perpignan, par un document publicitaire distribué à cette occasion. Ces choix — un grand affichiste, un grand imprimeur, le sponsoring d’un club sportif local très suivi — dessinent une marque bien implantée dans la vie perpignanaise, qui a investi dans la réclame sur plusieurs décennies plutôt que ponctuellement.
