Superanis — dont le nom complet, attesté sur les carafons publicitaires de la maison, se lit « Un Joyeux Superanis » — est une anisette née à Oran dans l’entre-deux-guerres, au sein d’une famille de distillateurs d’origine espagnole, les Galiana, installée dans la ville dès 1900. C’est Vicente (Vincent) Galiana qui ouvre la voie, avec une première distillerie à Saint-Denis-du-Sig, la « Distillerie Sigoise ». Revenu d’un séjour en Espagne, il s’associe en 1933 à un certain Ruffié pour lancer l’anisette « Idéal-Galiana » ; les deux hommes se séparent en 1935-1936, Ruffié emportant la marque « Col Bleu » et Galiana fondant la sienne, « Super Anis ». La maison prend alors la raison sociale d’Établissements V. Galiana Fils et Cie, à Oran.
Le produit est une anisette sèche, dans la tradition des apéritifs anisés d’Afrique du Nord. À partir de 1956, la gamme s’élargit à des sirops de fruits, d’autres apéritifs, des liqueurs et des sodas, avec des succursales au Maroc et en Tunisie.
Superanis reste, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, une production familiale commercialisée en propre par la distillerie oranaise — non une licence. La presse d’Afrique du Nord française atteste sa diffusion sur l’ensemble du territoire entre 1938 et 1954 : à Oran même, où la maison porte son nom complet (Football et sports en Oranie, 16 décembre 1938) ; à Alger, où la marque dote un « Grand Prix Superanis » de boulisme (L’Écho d’Alger, 18 mai 1951) ; à Constantine, où elle a son dépositaire (La Voix indigène, 25 octobre 1950) ; en Tunisie (Tunisie-France, 11 septembre 1950 ; Tunis-soir, 15 avril 1951, où le nom de la marque se glisse jusque dans les vœux d’une rubrique de naissances, écho au « Joyeux » du nom complet) ; et au Maroc (Le Petit Marocain, 23 avril 1954 ; Le Courrier du Maroc, 10 juillet 1954). Cette diffusion par le sponsoring sportif — boules, football — et par l’insertion dans la vie quotidienne des colonnes de journaux, plutôt que par la grande affiche murale, dessine le profil d’une marque régionale solidement implantée plutôt que celui d’une maison à rayonnement national.
Le bien est nationalisé en 1963, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie. La famille tente une implantation en métropole à partir de 1964, à Lunel (Hérault), avant de relancer la production en Espagne, à San Vicente (Alicante), en 1966. En 1978, la marque « Super Anis – Galiana » est cédée à Destilerías de Monforte del Cid, S.L., qui la commercialise toujours aujourd’hui sous le nom « Super Anís Orán ».
