La distillerie d’absinthe A. Junod est fondée à Pontarlier (Doubs) en 1838 par Auguste Junod. Son fils Arthur lui succède en 1870 et développe considérablement l’affaire : dès 1899, la maison fait paraître des réclames dans la presse jusque dans les journaux français d’Algérie, et en 1908 la presse professionnelle des cafetiers d’Algérie cite « Absinthe A. Junod (Pontarlier) » parmi « les grandes marques ». Un petit-fils du fondateur, également prénommé Auguste, reprend la direction de l’entreprise en 1907.
Quand la loi du 16 mars 1915 interdit en France la fabrication et la vente de l’absinthe, la maison Junod, comme beaucoup de distillateurs de Pontarlier, se reconvertit dans les apéritifs anisés autorisés par le décret du 24 octobre 1922, qui plafonne leur titrage à 40°. C’est ainsi que naît « Un Junod », vendu par la maison à partir de 1922. Une petite annonce parue en septembre 1923 dans L’Éclaireur de l’Ain le présente en ces termes : « 40° Un Junod, conforme au décret du 24 octobre 1922, maison fondée en 1838 ». Un article local de l’époque résume l’esprit du produit : l’absinthe de Pontarlier n’existant plus, « si en allant à Pontarlier vous voulez avoir l’illusion de boire une Verte, demandez un Junod, et vous aurez satisfaction ».
La maison vendait donc, avant 1915, une absinthe supérieure titrant 72°, présentée « non oxygénée » et de « vieillesse naturelle », puis, après le décret de 1922, l’apéritif anisé « Un Junod » à 40°. Ses factures, adressées à des épiceries et des cafés de la région (Pontarlier en 1901, Maiche en 1932), montrent une maison de négoce local qui fournissait aussi le kirsch et la gentiane. Le nom s’exportait plus loin qu’on ne l’attendrait pour un anisé comtois : un étui métallique publicitaire à deux compartiments, destiné à ranger des tickets de métro et d’autobus parisiens, porte gravé « Un Junod — Anis supérieur », signe que la maison distribuait sa réclame jusque dans les couloirs du métro de Paris. Le musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise mentionne par ailleurs une médaille obtenue par l’Absinthe Junod, sans qu’on en connaisse ici le millésime ni l’occasion précise.
Auguste Junod, le petit-fils, meurt en 1927. L’entreprise se poursuit un temps sous la raison « veuve A. Junod » : un comptable y exerçant est encore mentionné au Journal officiel en 1932. Une partie des locaux désaffectés de la distillerie est reprise dès 1926 par une succursale de la société Hémard et Pernod Fils Réunis, avant que l’activité ne s’éteigne au début des années 1930. Le nom Junod reste aujourd’hui célébré à Pontarlier : en 2019, l’association Les Amis du musée de Pontarlier lui a consacré le thème de son exposition annuelle des Absinthiades.
