La carafe « Un Roure – le père des goudrons » se rattache à une maison auvergnate bien connue en son temps : la distillerie F. Roure, à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), productrice de l’apéritif « Le Goudron ». Comme le Clacquesin en région parisienne ou le goudron Nouhaud en Limousin, il s’agit d’une de ces liqueurs au goudron végétal, très en vogue à la Belle Époque, réputées à la fois toniques et digestives.
La maison est attestée dès les années 1880-1890 sous la raison sociale « Roure & Barthomeuf, distillerie Le Goudron, à Clermont-Ferrand », comme le montrent des lettres de change illustrées de 1889 et 1893. Elle devient ensuite « F. Roure, distillateur ». Son affiche, que l’on retrouve à la devanture des cafés, proclame « Le Goudron F. Roure – Apéritif – Vraie Marque – Médaille d’Or – Distillateur, Clermont-Ferrand », et met en scène un vieillard à la longue barbe blanche présentant la bouteille : c’est lui, « le père des goudrons » repris sur la carafe.

La maison Roure ne produisait pas que le Goudron : sa réclame invitait aussi à « réclamer La Victorine, délicieuse liqueur à base d’anis ». La présence du nom Roure dans les répertoires de distillateurs français confirme son ancrage clermontois.
La formule « le père des goudrons » revendique l’antériorité et l’authenticité de la marque (« vraie marque F. Roure ») face à la concurrence des autres liqueurs de goudron. Le tour « Un Roure » de la carafe joue sur ce nom devenu, dans le langage des cafés, presque un nom commun de l’apéritif au goudron.
Sources : documents commerciaux et publicitaires de la maison Roure, Clermont-Ferrand (affiche « Le Goudron F. Roure », lettres de change « Roure & Barthomeuf » 1889 et 1893) ; répertoire des distilleries françaises (Musée des boissons).
