« Un Batavia », c’est le nom qu’on lançait au comptoir pour commander un verre de rhum de Batavia — pas le nom d’une maison. Batavia, aujourd’hui Jakarta, était sous l’administration hollandaise le grand port d’exportation d’un alcool de canne à sucre fermenté au riz rouge, l’arrack de Batavia, réputé depuis le XVIIIe siècle : en 1796 déjà, le savant Charpentier de Cossigny le jugeait supérieur au rhum de la Jamaïque.
En France, ce rhum importé se vendait au litre chez les épiciers et se buvait au café comme apéritif, au même titre que le rhum de la Martinique. La presse régionale en atteste dès la fin du XIXe siècle : « Batavia, rhum indigène garanti nature, médaille d’or Exposition de Marseille » (L’Indépendant des Basses-Pyrénées, 27 décembre 1896) ; « Rhum Batavia (très recommandé) », au litre (Le Patriote des Pyrénées, 24 septembre 1899) ; « RHUM BATAVIA, 30 degrés, le litre 8 fr. 25 », coté juste à côté du rhum Martinique à 40 degrés (Petite Gazette de Bagnères-de-Bigorre, 5 février 1922) — preuve que le produit restait courant plus de vingt-cinq ans après. Dès 1884, la Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation cotait déjà le « Royal Batavia » à l’exportation, importé notamment par la maison Dummler et Cie, établie à Batavia même.
Aucun fabricant français ne peut être associé à cette carafe : ni les annonces relevées, ni l’objet lui-même — qui ne porte que l’inscription « UN BATAVIA », sans nom de maison — ne permettent de l’établir. Le Batavia servi en carafe désignait un produit d’importation générique, vendu sous ce nom géographique par de nombreux négociants et épiciers, et non une marque déposée par une distillerie unique.
