Au Gagne Petit

Nature
Commerce / Épicerie
Produit
Tissus, vêtements, meubles et literie (grand magasin populaire, réseau régional de 10 points de vente non localisé avec certitude)
Pays
France

Fiabilité : À confirmer?

3 vues

Non localisée

« Au Gagne-Petit » n’a jamais désigné une seule maison, mais une enseigne populaire reprise par des centaines de commerces à travers la France, de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe. L’origine parisienne du nom est bien documentée : en 1844, un dénommé Bouruet-Aubertot ouvre au 22 de la rue des Moineaux, à Paris, un magasin de toiles baptisé « Le Gagne-Petit », où débute comme vendeur un certain Ernest Cognacq, futur fondateur de la Samaritaine. Le percement de l’avenue de l’Opéra fait disparaître la rue des Moineaux : le magasin est reconstruit en 1878 au 23 de la nouvelle avenue, sous une façade luxueuse ornée d’un bas-relief inspiré du tableau « Le Rémouleur » de David Teniers le Jeune, conservé au Louvre. Le nom « Gagne-Petit » renvoie en effet au surnom donné aux rémouleurs ambulants, réputés pour leur honnêteté, leur travail soigné et la modestie de leurs tarifs — un emblème de commerce à bon marché. Cette façade est aujourd’hui occupée par un Monoprix ; ses éléments décoratifs sont inscrits aux monuments historiques depuis le 22 mars 1983.

Le succès du grand magasin parisien a fait florès : au cours du XIXe siècle, l’enseigne essaime à travers toute la France, reprise par des commerçants indépendants qui y voient un nom porteur autant qu’un modèle commercial — entrée libre, achats groupés en centrales et prix modiques. Certains cas relèvent d’une véritable filiation : à Alençon, Pierre Romet crée dès 1845 une succursale « Au Gagne-Petit » qui essaime à son tour dans plusieurs villes de Normandie, selon un principe proche de la franchise moderne. D’autres « Gagne-Petit » de province semblent des reprises indépendantes du même nom populaire, sans lien de raison sociale entre elles. On en trouve la trace, sous des formes variées, à Limoges (facture de 1856), Moulins et Châteauroux (chromos publicitaires), Louviers dans l’Eure (magasin fermé à la fin des années 1920, dont le bâtiment accueillera un temps le syndicat d’initiative de la ville avant de brûler en juin 1940), Pau (façade au 10 rue Serviez, vers 1900), Fontenay-le-Comte en Vendée (catalogue d’hiver 1933), ainsi qu’à Rethel, Romilly-sur-Seine, Aubervilliers ou encore Sfax, en Tunisie.

Le fonds de commerce de ces maisons est partout le même : tissus, confection, mercerie, et souvent, comme le montre la présente carafe, ameublement et literie. Une publicité conservée pour la maison de Louviers résume l’argument de vente commun à ces enseignes : « la supériorité de ses tissus, le bon goût et l’élégance de ses confections, joints au fini irréprochable et à la livraison prompte et parfaite des commandes », la maison se présentant comme la « Première Maison de la Région ». La carafe qui a motivé cette fiche porte une inscription bâtie sur le même argument commercial — « faites vos achats au Gagne Petit, le moins cher de la région » — et revendique un réseau de dix points de vente pour le tissu, le vêtement, le meuble et la literie. Les recherches menées (Gallica, ventes de collection en ligne, sources web) confirment largement le phénomène national de l’enseigne « Au Gagne-Petit » et son usage par des chaînes régionales de plusieurs magasins, mais n’ont pas permis d’identifier avec certitude, parmi les nombreuses maisons homonymes, laquelle exploitait précisément ce réseau de dix maisons de vente : ni la ville, ni la raison sociale de cette chaîne particulière n’ont pu être établies à ce stade.

La carafe elle-même — offerte aux clients ou aux cafés comme objet publicitaire, selon un usage courant pour ce type de commerce à l’époque — atteste que l’enseigne a soigné sa réclame au-delà de la seule vitrine, mais aucun autre support publicitaire (affiche, plaque émaillée, buvard) n’a pu être retrouvé pour cette chaîne précise lors de cette recherche.

Repères chronologiques

  1. 1844 ouverture à Paris, 22 rue des Moineaux, du premier magasin de toiles « Le Gagne-Petit »
  2. 1845 Pierre Romet ouvre une succursale « Au Gagne-Petit » à Alençon, avec essaimage en Normandie
  3. 1878 reconstruction du magasin parisien au 23 avenue de l'Opéra, façade au bas-relief du Rémouleur
  4. Fin des années 1920 : fermeture du « Gagne-Petit » de Louviers (Eure)
  5. 1933 catalogue d'hiver du « Gagne-Petit » de Fontenay-le-Comte (Vendée)
  6. 1983 inscription de la façade parisienne aux monuments historiques (22 mars)

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