Le nom « Un Julot » n’est attesté que par une seule pièce connue : une carafe de bistrot en verre moulé, incolore et bullé, dont la panse porte en relief l’inscription « UN JULOT — ROI DES PASTIS ». Aucune autre trace de cette marque n’a été retrouvée : ni dans la presse numérisée par la BnF (Gallica), ni parmi les objets de collection actuellement proposés sur eBay ou Delcampe (étiquette, affiche, cendrier, buvard, plaque émaillée, carte postale d’usine — toutes les requêtes croisées sont restées vides), ni sur le site du Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise, qui documente pourtant de nombreuses petites maisons de pastis et d’anisette.
Le mot « julot » lui-même est trop répandu pour servir d’indice : dans la presse d’avant-guerre, il désigne un sobriquet populaire ou, en argot, un homme entretenu par une femme, et Gallica ne le renvoie que dans des chansons réalistes, des pièces de boulevard ou des surnoms de personnages — jamais dans une réclame de spiritueux.
La formule « Roi des pastis » n’identifie pas davantage la maison : elle a été un lieu commun de la publicité du pastis, reprise par plusieurs marques concurrentes sans lien entre elles. On la retrouve par exemple dans le Journal de Montélimar du 11 septembre 1937, pour l’Anis Africain (« TOUTES LES NOUVEAUTÉS — ANIS AFRICAIN — Le Roi des Pastis »), et, bien plus tard, dans Le Soir de Marseille, à propos du Pernod 51 (« le « Roi des Pastis »… Photo ABC, Pau »). Rien, dans ces réclames repérées, ne mentionne « Julot » : le slogan était générique, pas une signature propre à cette marque.
Une piste précise a été explorée en 2026 : une maison de distillation existait bien à Béziers sous le nom « Établissements Abel Bresson », associée dès 1937 à Félix Pernod puis rattachée à Nugue-Richard & Cie (maison lyonnaise de vermouth fondée en 1822, avec usines à Béziers, Beaucaire, Chambéry, Fougerolles et Ivry-Port). Le registre des « Marques de fabrique et de commerce » de la Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation (30 septembre 1938, p. 128) montre que cette maison a déposé, sous les numéros 1.134-1.135, deux marques : « Pastis Lou Fély » et « Félix Pernod » — jamais « Julot ». Les factures et traites d’archives consultées, datées de 1926 à 1960, confirment cette activité de vermouth et de spiritueux sans qu’aucune ne cite « Julot » parmi les produits de la maison. Cette piste, plausible par la proximité géographique et le type de produit, n’est donc pas retenue : rien ne relie formellement Abel Bresson à cette marque.
Faute de source extérieure, ni le fabricant, ni la ville, ni la période de production ne peuvent être établis à ce jour. On ne sait pas non plus si la marque s’est exposée par d’autres supports publicitaires (affiche, plaque émaillée, buvard, cendrier) : la recherche menée sur les objets de collection n’en a retrouvé aucun. La seule trace connue de « Julot » reste donc cette carafe de bistrot, produite pour un pastis dont l’histoire commerciale échappe, en l’état, à toute recherche documentaire.
