« Quinquina des Îles » figure au catalogue de la Distillerie de la Burgeatine, maison Burgeat-Bailly, établie à Saint-Dizier (Haute-Marne). La maison remonte au moins à 1879 sous la raison « Burgeat Frères & Bailly », distillateurs à Chevillon, un peu plus au sud dans le même département, avec une maison secondaire à Béziers ; une médaille obtenue à Saint-Dizier dès 1860 atteste une activité plus ancienne encore. Elle s’installe à Saint-Dizier au plus tard en 1889, où elle se présente désormais comme « Distillerie de la Burgeatine — Burgeat-Bailly », puis se transmet, au moins jusqu’en 1909, à la génération suivante sous le nom « Burgeat fils ».
C’est un distillateur, et non un simple négociant : les annuaires du commerce le classent explicitement ainsi (« Burgeat-Bailly, Distillateur », 1896), et les en-têtes de sa correspondance commerciale montrent une usine à cheminées fumantes. Sa gamme comprend plusieurs apéritifs et liqueurs à base de quinquina et de vins mutés : la « Burgeatine » elle-même (jaune et verte, présentée sur ses factures comme « rivale de la Chartreuse »), un « Apéritif Burgeat aux vins de Banyuls et de Muscat » également appelé « Kina Burgeat », un kirsch dit « de l’Abbaye des Bernardins », et le « Quinquina des Îles ». Ce dernier est attesté comme production de la maison par la presse haut-marnaise : à l’exposition industrielle de Saint-Dizier d’août 1906, Le Petit Haut-Marnais décrit « le gracieux chalet de la Burgeatine et du Quinquina des Iles », les deux produits partageant le même stand. La maison exportait au moins jusqu’à Madagascar, où le comptoir de négoce Paris-Madagascar, à Tananarive, annonçait à la vente « Quinquina des Îles » aux côtés de la « Burgeâtine ».
Le nom « Quinquina des Îles » n’était cependant pas propre à cette seule maison : la presse d’autres régions (un marchand de vins de Toulouse en 1919, une formule à préparer soi-même vendue en pharmacie dans le Petit Provençal de 1939, un descriptif de goût chez une autre marque parisienne en 1947) l’emploie ailleurs, sans lien établi avec Burgeat-Bailly, comme une dénomination de type de produit plutôt que comme une marque déposée exclusive. Pour l’exemplaire de cette collection, en revanche, l’inscription portée par la carafe — « Distillerie de la Burgeatine, apéritif tonique, « Quinquina des Iles », Burgeat-Bailly, St Dizier (Hte Marne), distillateur » — trouve sa maison dans les sources ci-dessus.
La maison affichait une ambition commerciale certaine. Sa correspondance de la fin des années 1890 revendique le statut de « membre du jury, hors concours » à l’Exposition universelle de Paris de 1898, avec vingt médailles et cinq diplômes d’honneur et de grand prix — une distinction qui la place au-delà du simple concours, réservée aux maisons déjà couronnées. Elle exposait dans un chalet dédié lors de la fête industrielle de Saint-Dizier en 1906, et la génération suivante, sous le nom « Burgeat fils », est encore recensée comme exposante à l’Exposition internationale de l’Est de la France, à Nancy, en 1909. Vers 1890, elle avait fait appel à l’affichiste parisien Alfred Choubrac — auteur de nombreuses affiches Belle Époque — pour une lithographie publicitaire de la « Burgeatine », aujourd’hui conservée au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France.
Ce que devient la maison après 1909-1910 n’a pas pu être établi par cette recherche : aucune trace de rachat, de fusion ou de fermeture n’a été retrouvée dans les sources consultées.
