La Fine Bernard est une liqueur de table digestive à base de vieilles eaux-de-vie de Bourgogne et de fruits de la Côte-d’Or, produite par la maison Frédéric Mugnier, distillateur établi à Dijon depuis 1863. La maison la présentait elle-même comme élaborée « au Petit-Bernard, près Dijon » — un site de production distinct de son siège dijonnais. Le produit rejoint un catalogue déjà connu du grand public par l’Apéritif Mugnier et le Quinquina Mugnier, dont Jules Chéret dessina plusieurs affiches conservées à la Bibliothèque nationale de France (tirages de 1890, 1895, 1897 et 1902).Mugnier se présentait comme fabricant de « grandes liqueurs extra supérieures », spécialiste du cassis, et revendiquait aussi la création de l’Apéritif de Bourgogne et d’une liqueur appelée la Cherrette — nom que la maison donna également à l’un de ses sites de production, une carte postale de 1933 montrant la « Distillerie de Liqueurs La Cherrette » à Dijon. La maison fut distinguée à l’Exposition universelle de Paris de 1889 (médaille d’or), puis à celle de 1900 où elle siégea comme membre du jury et fut à ce titre classée hors concours pour la classe 6 — exactement la mention que porte l’une des carafes de la collection.Au tournant du XXe siècle, l’entreprise resta une affaire de famille, transmise de Frédéric Mugnier à ses fils puis à ses petits-fils. L’Annuaire industriel de 1925 recense ainsi « Mugnier (Les petits-fils de Frédéric) », rue des Trois-Ponts à Dijon ; une traite commerciale de 1932 porte la raison sociale « Les Petits-Fils de Frédéric Mugnier, Succ.rs », alors constituée en société à responsabilité limitée au capital de 6 000 000 de francs, avec un bureau parisien au 3, avenue du Petit-Château (XIIe).L’activité de liquoriste s’arrête en 1950 : Jacques-Frédéric Mugnier, arrière-petit-fils du fondateur, cède le fonds de commerce, affaibli par la guerre et les difficultés économiques de l’après-guerre. La famille conserve en revanche le vignoble de Chambolle-Musigny et de Nuits-Saint-Georges, exploité conjointement avec la distillerie depuis le XIXe siècle : c’est de lui que naît l’actuel domaine viticole Mugnier.La marque se donnait à voir par une imagerie récurrente : la bouteille brune à étiquette jaune porte le motif d’un personnage drapé sous une arcature néogothique, probable évocation de saint Bernard qui donne son nom au produit. Elle fut annoncée par des affiches lithographiées (imprimées par Affiches Camis, à Paris), par des cartons destinés aux représentants de la maison et par des objets de comptoir de bistrot — autant de formats attestant une diffusion commerciale organisée à l’échelle nationale.
Repères chronologiques
1863fondation de la maison Frédéric Mugnier à Dijon.
1889médaille d'or à l'Exposition universelle de Paris.
1900distinction à l'Exposition universelle de Paris (membre du jury, hors concours, classe 6).
Vers 1921-1932 : la maison, devenue « Les Petits-Fils de Frédéric Mugnier », est établie rue des Trois-Ponts à Dijon (SARL au capital de 6 000 000 F en 1932).
1950cession du fonds de commerce de liquoriste par Jacques-Frédéric Mugnier ; le vignoble familial donne naissance à l'actuel Domaine Mugnier.