La Gigolletta est un anis supérieur fabriqué et distribué par la maison Flamant & Lourdin (le nom apparaît aussi orthographié « Flament & Lourdin »), installée au Kremlin-Bicêtre, alors dans le département de la Seine (aujourd’hui Val-de-Marne), aux portes de Paris.
L’adresse de la maison, 9, avenue [de Bicêtre], au Kremlin-Bicêtre, est confirmée par une source indépendante de l’objet : le journal professionnel Archives commerciales de la France la cite à trois reprises dans son numéro du 22 juillet 1922, comme domicile élu pour les oppositions lors de plusieurs cessions de fonds de commerce de la région parisienne — un bar-liquoriste de la rue de Constantinople à Paris, un commerce de vins et charbons au Kremlin-Bicêtre, un autre à Paris. Cette fonction, courante pour un agent d’affaires ou un notable local de l’époque, montre que la maison Flamant & Lourdin tenait pignon sur rue au Kremlin-Bicêtre dès le début des années 1920 — plusieurs années avant les mentions retrouvées de sa marque de boisson.
La maison exploitait par ailleurs, avenue (ou route) de Fontainebleau au Kremlin-Bicêtre, un établissement connu localement sous le nom de « La Gigoletta », qui servait de salle de réunion : le club cycliste « Pédale du Kremlin » y tient ses assemblées en 1929 et 1930 (L’Auto-vélo, L’Écho des sports), et des réunions politiques locales s’y tiennent encore en 1934 et 1939 (L’Œuvre, L’Émancipation nationale) — preuve d’une implantation durable d’au moins dix-sept ans dans la commune. Un article de l’hebdomadaire parisien Gringoire, en janvier 1932, rapporte la visite d’un journaliste dans ce café populaire du Kremlin-Bicêtre : intrigué par une pancarte en lettres vertes qui recommandait aux clients « de préférer à toute autre boisson une Gigoletta », il s’enquiert auprès d’un habitué de ce qu’est cette boisson, et se voit répondre qu’il s’agit d’une « limonade à l’anis ». Ce témoignage, rare description de première main du produit tel qu’il était servi au comptoir, corrobore directement l’inscription portée par la carafe de la collection : « La Gigolletta, Anis Supérieur ».
Aucune trace n’a été retrouvée d’une éventuelle diffusion de la marque au-delà du Kremlin-Bicêtre et de ses environs immédiats, ni d’une date de disparition ; la dernière mention retrouvée de la salle « La Gigoletta » remonte à 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
