Kina-Cure est un apéritif de Millau, dans l’Aveyron. Sa marque est déposée le 1er avril 1890, à quatre heures du soir, au Tribunal de commerce de Millau par Julien Cure, fabricant liquoriste, « pour garantir la propriété exclusive du nom de son nouveau produit ». Le dépôt le décrit comme un « vin d’agrément exquis », tonique, apéritif et digestif, à base de produits naturels « éminemment toniques et fortifiants », qui convient surtout « aux personnes débiles et aux petits consommateurs » ; l’étiquette déposée porte, en grandes capitales verticales, « KINA-CURE » et « APÉRITIF » (INPI, archives historiques, marques 1857-1920, registre 1MA355, vue 291).
Le déposant se nomme Cure, comme le second mot de la marque ; le rapprochement est frappant, mais aucune source consultée ne dit que le nom ait été choisi pour cela. La presse confirme vite l’existence du produit. Le 30 juin 1892, La Correspondance aveyronnaise, publiée à Marseille, invite les limonadiers à se « procurer du Kina-Cure » ; le 30 novembre 1892, le Courrier de Tarn-et-Garonne cite, dans une liste de lots offerts, « 2 bouteilles Kina Cure, M. Julien Cure, Millau ». Une réclame de 1915 précise la nature du produit : « grand vin tonique au quinquina », avec la mention « Grand Prix — hors concours — Paris 1900 ».
Ensuite, le nom de la maison change. Le 13 novembre 1921, le Journal de l’Aveyron, parlant des spécialités du département, écrit « Bos de Millau et son Kina-Cure » ; le 18 novembre 1939, le Messager Saint-Affricain annonce « Bos, Fils, Millau : demander son Amer Blanchet et son Kina Cure, deux apéritifs ». Comment le Kina-Cure est passé de Julien Cure à la maison Bos n’est pas établi : rachat, association ou simple succession, aucune source consultée ne le dit.
Des documents d’époque permettent pourtant de nommer cette maison. Une affiche du Kina-Cure, signée Viano et imprimée par Moullot à Marseille, porte sur l’étiquette de la bouteille « Louis BOS seul fabricant – MILLAU ». Une lettre commerciale du 20 mai 1938, adressée au négociant bordelais A. Lalande & Cie, est écrite sur un papier à en-tête « Établissements LOUIS BOS – PIERRE BOS FILS Succr, Seul Fabricant, MILLAU (Aveyron) », qui se réclame d’une « maison fondée en 1876 » et de nombreuses médailles : à cette date, Pierre Bos fils se présente comme le successeur de Louis Bos. Cette lettre, qui commande une pièce de Graves 1935 et une demi-pièce de Sauternes 1935, montre aussi que la maison faisait du négoce de vins en plus de ses apéritifs ; elle fait du Kina-Cure et de l’Amer Blanchet les produits de la maison Bos. Une carte-réclame aux « Établts Pierre BOS », à Millau et à Paris, vante le Kina-Cure avec la mention « Grand Prix et Hors Concours, Paris 1900 », ce qui concorde avec la réclame de 1915. L’année 1876 est celle que l’en-tête affirme, sans autre pièce pour la confirmer.
La marque s’est exposée d’abord par la loterie : en 1899, La Croix de l’Aveyron publie « Kina-Cure, le meilleur apéritif — 4 tirages par an, 88 gagnants à chaque tirage ». Elle l’a fait ensuite par le sport : dans les années 1930 le « Challenge Kina-Cure », épreuve d’escrime à l’épée disputée à Montpellier (le dimanche 7 avril 1935), est présenté comme « le plus important de l’année » ; la presse de Lodève et de Casablanca montre des bouteilles offertes en prix, celle de Nîmes rend compte du challenge, et une « Maison Kina-Cure » figure en 1933 sur une liste de souscription publiée à Florac. La marque avait ainsi débordé son département d’origine, jusqu’au Languedoc et au Maroc. Aucun objet publicitaire ancien (affiche, plaque, cendrier) n’a été vérifié lors de cette recherche.
La Journée vinicole publie par ailleurs un dépôt « KINA CURE » (n° 255391) enregistré en février 1936, qui semble au nom d’un M. Mignot, « Comptoirs français », à Pantin (lecture OCR incertaine) ; le lien avec la maison de Millau n’est pas établi et rien n’est conclu ici.
Sources citées en texte : affiche Kina-Cure (Viano, imp. Moullot, Marseille) et lettre à en-tête des Établissements Louis Bos – Pierre Bos fils, Millau, 20 mai 1938 (pièces de l’Atelier) ; carte-réclame des Établts Pierre Bos, Millau ; INPI, registre 1MA355, vue 291 ; La Correspondance aveyronnaise, 30 juin 1892 (BnF) ; Courrier de Tarn-et-Garonne, 30 novembre 1892 (BnF, JO-951) ; La Croix de l’Aveyron, 25 juillet 1899 (BnF, JO-12949) ; Journal du Tarn, 2 janvier 1915 ; Journal de l’Aveyron, 13 novembre 1921 ; La Cévenne républicaine, 20 août 1933 ; Le Journal du Midi, 9 avril 1935 ; La Journée vinicole, février 1936 ; Le Messager Saint-Affricain, 18 novembre 1939.
