La maison Premier Fils est une distillerie fondée à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, par François Premier en 1829 (une monographie de 2020 du Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise situe la création en 1832 ; les sources les plus nombreuses retiennent 1829). C’est son fils, Louis-Philippe Premier, qui développe l’affaire en grosse distillerie d’absinthe à partir de 1882 et lui donne son nom commercial, « Premier Fils ». Son beau-frère Charles Henry s’associe à l’entreprise, qui prend en 1902 la raison sociale « Société Premier Fils, Charles Henry et Cie » — c’est cette union des deux noms de famille que retient le titre de l’ouvrage de référence sur la maison, « Premier-Henry, une dynastie de distillateurs romanais » (Dr Jean-Pierre Luauté, éditions du Musée de l’Absinthe, 2009).
La marque distinctive de la maison est une croix suisse surmontée d’une étoile, emblème classique de l’argument de « pureté » revendiqué par nombre de distillateurs d’absinthe de l’époque (le vocabulaire des étiquettes parle d’« Absinthe Suisse Supérieure »). Vers 1894, la distillerie adopte le procédé d’oxygénation mis au point par William Saint-Martin, qui donne naissance à une gamme déposée, l’« Absinthe Oxygénée Premier Fils ». En 1900, la revue professionnelle « Les Grandes Usines », dirigée par Louis Turgan, consacre un numéro complet à l’établissement : quarante alambics et macérateurs en fonctionnement continu, une production quotidienne annoncée de 8 000 litres d’absinthe (environ trois millions de litres par an), et des cuves de vieillissement d’une capacité unitaire de 50 à 190 hectolitres. La distribution dépasse largement la région romanaise : une affiche antérieure à 1902, dessinée par le caricaturiste oranais Joseph Sirat à la demande d’un revendeur d’Oran nommé Jeancolas, atteste d’une diffusion jusqu’en Algérie.
Contrairement à la plupart des maisons d’absinthe, l’entreprise ne disparaît pas avec la prohibition de 1915 : ses héritiers se reconvertissent à l’anis dès que le décret-loi du 24 octobre 1922 fixe le cadre des boissons anisées (degré porté à 40°). Édouard Premier, fils de Louis-Philippe, dépose la marque « Anis Premier » le 21 février 1923. Une publicité parue le 1er avril 1925 dans « Le Débitant du Centre », journal corporatif des cafetiers et débitants de la Haute-Vienne (Bibliothèque nationale de France, cote JO-35636), annonce « Anis Premier, apéritif distillé à 40°, Romans-sur-Isère (Drôme) » — confirmation par la presse professionnelle du produit, du degré et de la ville.
Dans les années 1920 et 1930, la maison finance largement le sport romanais — rugby, cyclisme, jeu de boules — jusqu’à offrir un trophée Art déco à l’un de ses vainqueurs, gravé « Offert par la Maison Premier Fils ». Une affiche de 1929, signée Henry Le Monnier, joue sur le nom de la maison pour affirmer sa volonté de « rester toujours première » ; elle est reprise sur une multitude de petits supports publicitaires (cartons, éventails). C’est de cette exposition publicitaire intense que provient l’objet « Un Premier », étudié à la fiche de la marque de ce nom.