Le Bonal est un vin de gentiane et de quinquina né dans le massif de la Chartreuse. Son fondateur, Hippolyte Bonal, avait d’abord été religieux : la presse de l’époque le présente sans détour comme « ancien frère Raphaël du couvent St-Bruno », et vante « la seule et vraie marque, la Gentiane-Quina Bonal », rangée parmi les liqueurs du Dauphiné.
Ce passé chartreux lui a valu un procès. En 1889, le Grand dictionnaire international de la propriété industrielle rapporte l’affaire qui oppose le sieur Grézier à Bonal : on lui reproche l’usurpation du nom commercial de Grande Chartreuse, et l’imitation des bouteilles et des étiquettes. Le jugement note « qu’il n’est pas contesté que le sieur Bonal ait fait autrefois partie de l’ordre des Chartreux », mais écarte la contrefaçon : factures, prospectus et annonces relèvent de la concurrence, non de l’imitation frauduleuse. La maison existait donc, et se défendait, dès les années 1880.
Le succès suit. Entre 1906 et 1912, le Journal de la Chambre syndicale des débitants de boissons fait figurer « Gentiane Bonal » à son tarif, juste à côté de la Suze — et ce journal paraît en Algérie : la marque a quitté sa vallée. La maison elle-même date sa création de 1865 et se réclame depuis d’une devise restée célèbre, « Bonal ouvre l’appétit ».
Un avertissement pour le collectionneur : il a existé un autre Bonal. Marius Bonal, distillateur à Rodez, vendait un « Quina apéritif Marius Bonal » et déposa « Bonalcitron » en 1938. Les deux maisons se sont opposées devant la justice en 1955 sur la confusion entretenue par ce nom partagé. Une carafe marquée Bonal n’est donc pas forcément une carafe de Saint-Laurent-du-Pont.
Sources : Grand dictionnaire international de la propriété industrielle, 1889-1890, p. 752-757 (Gallica) ; Le Drapeau, réclame (Gallica) ; Journal de la Chambre syndicale des débitants de boissons, 1906-1912 (Gallica) ; La Loi du 31 août 1955, citée dans la fiche du fabricant Marius Bonal ; la maison Bonal pour la date de 1865 et la biographie du fondateur.
