L’Oxygénée est une absinthe de la maison Cusenier, distillerie fondée à Ornans, dans le Doubs. La société en nom collectif « E. Cusenier Fils Aîné et Cie » s’y constitue en 1874, avec une succursale à Paris (Archives commerciales de la France, 29 octobre 1874). Son fondateur, Élisée Cusenier, y est décrit comme un « très important distillateur » installé à Ornans (Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise).
Le produit se présente comme une absinthe soumise à un traitement particulier : la réclame de la maison explique « Qu’est-ce que l’Absinthe oxygénée ? L’Absinthe oxygénée est de la liqueur d’Absinthe soumise longuement, dans toutes ses molécules, au contact de ce gaz vital et rédempteur par excellence : l’oxygène, dégagé industriellement dans des appareils admirablement perfectionnés. L’oxygénation de l’Absinthe, c’est sa vitalisation. » (carton publicitaire chromolithographié, vers 1900-1910). Une réclame parue dans Le Souvenir programme du 15 septembre 1900 la présente comme « l’absinthe des connaisseurs ».
C’est Cusenier lui-même qui se présente comme le fabricant et l’inventeur du procédé : la même réclame de 1900 signe « Absinthe oxygénée, E. Cusenier, inventeur ». La maison distille donc elle-même le produit, plutôt qu’elle ne le négocie ou ne le met en bouteille pour le compte d’un tiers.
Le devenir précis de la marque n’est pas établi par les sources réunies ici. Comme toute absinthe, sa fabrication et sa vente ont dû cesser avec l’interdiction de 1915 en France ; aucune source consultée ne documente cependant directement l’arrêt de l’Oxygénée elle-même, ni une éventuelle reconversion sous un autre nom.
La maison a soigné l’exposition publicitaire de cette absinthe. Un carton chromolithographié met en scène une course cycliste burlesque où les coureurs ont un corps de bouteille, sous le slogan « Le record est à l’Oxygénée » — un support coûteux, aux couleurs vives, destiné à l’affichage dans les cafés. Une plaque publicitaire ovale (glaçoïde ou tôle laquée), portant simplement « L’Oxygénée » en grandes capitales sur fond blanc cerné d’un bord argenté, complète cette panoplie, de même qu’un pot à dés de comptoir « Absinthe Cusenier l’Oxygénée ». Le Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise signale par ailleurs que la maison ciblait spécifiquement les joueurs de cartes des cafés dans ses campagnes — la clientèle des habitués de comptoir plutôt qu’un public occasionnel.
