Le Quinquina Fourey est le quinquina d’une maison de Nangis, en Seine-et-Marne : celle de Paul Fourey, distillateur, qui exploitait la « Grande Distillerie de Nangis ». Le catalogue de l’Exposition industrielle d’Orléans de 1905 l’inscrit sous la mention « Fourey, Paul, distillateur, Nangis (Seine-et-Marne) — Quinquina Fourey » ; le rapport de 1906 sur la situation de l’industrie des liqueurs françaises le cite parmi les liquoristes (« Fourey Paul (Liqueurs), à Nangis ») ; la notice de l’Exposition universelle de Gand de 1913, dans sa partie consacrée aux colonies françaises, l’enregistre sous le nom de Paul-Casimir Fourey, avec la mention « Quinquina Fourey : pour la consommation aux Colonies ».
Le produit se présente comme un vin tonique : les réclames de L’Informateur de Montereau le disent « tonique, fortifiant, reconstituant », au vieux vin de muscat, et le donnent comme « le seul » garanti pur écorce de quinquina. La gamme semble déborder le quinquina : une annonce publiée à Tonnerre cite, à côté de lui, une « Noisette Fourey » et une « Fraise Fourey », et l’acte de 1933 évoque un sirop. Rien n’établit pourtant la liste exacte de ce que la distillerie fabriquait.
Quant au commerce, la presse montre un quinquina qui voyage bien au-delà de Nangis : on lit son nom, et l’adresse « Quinquina Fourey, distillerie de Nangis (Seine-et-Marne) », dans des journaux de Seine-et-Marne, de l’Aube, du Loiret, de la Marne, de l’Aisne, et jusqu’à Brest. Ces mentions ne sont pas toutes datables avec précision. Dans la presse de Melun, des bouteilles « offertes par M. Fourey, distillateur à Nangis » figurent aussi dans une liste de lots, usage courant des distillateurs de province.
La maison change de forme au fil du temps. Un acte publié par L’Informateur de Fontainebleau (17 mars 1933) et L’Informateur de Seine-et-Marne (18 mars 1933) mentionne l’apport d’un fonds de commerce connu et exploité sous le nom commercial « Établissements Fourey-Galland », « Grande Distillerie de Nangis » ; M. Fourey s’y interdit de fonder, acquérir, exploiter ou diriger (la suite est illisible). L’acte, d’une lecture lacunaire, énumère les marques de la maison, dont une marque « Grande Distillerie de Nangis » déposée, d’après sa lecture, le 1er juin 1898, et une marque de sirop « Fourey-Galland » déposée le 9 février 1927. Ce que devint l’entreprise après 1933 n’est pas établi.
Un relevé de factures du 25 octobre 1920 précise l’identité de la maison. Adressé à M. Michault, café à Ancy-le-Franc (Yonne), pour 589,55 F, payé et timbré ce jour-là, il est écrit sur un papier à en-tête « Distillerie de Nangis – P. Fourey, Anc.nne Maison F.ço Putois » : Paul Fourey s’y présente donc comme le successeur d’une maison Putois, dont ni la date ni le fondateur ne sont connus ici. L’en-tête vante des grands prix et des médailles, dont l’Exposition nationale de Strasbourg 1919. La facture énumère des liqueurs et spiritueux : curaçao triple sec, kummel de Russie, prunelline, cherry-brandy, menthe glaciale, anisette extra-dry, crème de cassis, ainsi que des produits à l’appellation « Fourey » — Noisette, Fraise, Gentiane, Goudron — et deux noms que rien ne rattache en propre à la maison (Cacao Chouva, La Sélectionne Fleur). La pièce montre la gamme que la distillerie livrait à un café de l’Yonne en 1920 ; elle ne nomme pas le Quinquina Fourey, et un nom générique comme crème de cassis y désigne un produit, non une marque de la maison.
Comment la marque s’exposait-elle ? Surtout par la presse : encarts d’« Un Fourey Vin », annonces avec adresse de la distillerie, et petits récits-réclames de malades sauvés par le quinquina, comme celui du Briard du 18 janvier 1905. Aucune affiche, plaque émaillée ou autre objet publicitaire de la maison n’a été retrouvé lors de cette recherche : ni sur eBay, où le nom Fourey ne remonte que des homonymes, ni par la recherche Delcampe, qui n’a rien rendu. Un chromo « Fourey-Galland » (cacao, pastilles) circule sur eBay, mais rien ne le rattache à la distillerie de Nangis.
Sources citées en texte : relevé de factures de la Distillerie de Nangis (P. Fourey), 25 octobre 1920 (pièce de l’Atelier) ; catalogue officiel de l’Exposition industrielle d’Orléans, 1905 (BnF, 8-V-14273), vue 133 ; rapport spécial sur la situation de l’industrie des liqueurs françaises, 1906 (BnF), vue 137 ; Exposition universelle de Gand, 1913, les colonies françaises (BnF, 8-LK9-1046), vue 315 ; L’Informateur de Fontainebleau, 17 mars 1933 (BnF, JO-85630), vue 5 ; Le Briard, 18 janvier 1905 (Archives départementales de Seine-et-Marne, PZ 35) ; L’Informateur (Montereau), 1900-1925, ark bpt6k8362670b.
