Kina, Quina, Quinquina : trois orthographes, un seul apéritif
Vous l’avez sûrement remarqué en parcourant la carafothèque : nos vieilles réclames n’arrivent pas à se mettre d’accord sur l’orthographe. Ici un Kina Chorot, là un Quina d’Or, ailleurs un Quinquina tout court. Coquille d’un imprimeur pressé ? Pas du tout : les trois désignent exactement la même chose.

Une écorce venue des Andes
Derrière ces mots se cache le quinquina. C’est l’écorce d’un arbre sud-américain, le cinchona, dont on tire la précieuse quinine. Le mot vient du quechua kina-kina, « l’écorce des écorces » : tout un programme ! On la rapporte en Europe au XVIIᵉ siècle pour soigner les fièvres. Très vite, elle devient l’ingrédient vedette des apéritifs toniques : Byrrh, Dubonnet, Kina Lillet, et la ribambelle de marques régionales dont regorge notre collection.
Kina ou Quina ? Les deux, mon capitaine
Alors, pourquoi tantôt « Kina », tantôt « Quina » ? C’est une question d’orthographe et de marketing. Quina est la forme latinisée : l’espagnol dit quina, l’italien china. Kina, lui, colle davantage à l’origine quechua et impose la bonne prononciation, « ki-na ».
Surtout, « quinquina » et « quina » sont des termes génériques — le simple nom de l’ingrédient. Impossible, donc, de les déposer seuls comme marque. Les fabricants les accolaient à leur nom (Kina Chorot, Quina d’Or) et jouaient volontiers sur la graphie « Kina », jugée plus distinctive.

La preuve par l’exemple : la maison Chorot, à Moirans, a imprimé « KINA CHOROT » en grand… et « à base de vins vieux français & Quina » juste en dessous. Deux graphies, un seul flacon ! À Valence, en revanche, les distillateurs Delaye ont préféré « QUINA ». Même écorce, même apéritif : chacun son style.
Bref : la prochaine fois que vous croiserez un « Kina », un « Quina » ou un « Quinquina » sur une carafe, ne cherchez pas la faute. C’est la même petite écorce andine qui, depuis un siècle et demi, met tout le monde d’accord… sauf sur son orthographe.