La maison Neyret fils, Arnaud et Cie est une distillerie établie à Jallieu, aujourd’hui rattachée à Bourgoin-Jallieu (Isère). Elle naît, selon l’historique publié par son lointain successeur Cherry Rocher, de la fusion en 1830 de deux distilleries fondées à Bourgoin, celle des Neyret et celle des Arnaud. La raison sociale « Neyret fils, Arnaud et Cie » est attestée dans la presse lyonnaise dès la fin du XIXe siècle : en juin 1896, la maison figure parmi les distillateurs de la région ayant fourni des lots de liqueurs pour un concours de tir à Bourgoin ; en octobre 1901, « la maison Neyret, de Bourgoin » est de nouveau citée par un journal local.
La maison distille et vend plusieurs produits sous son propre nom. Un apéritif anisé, commercialisé sous l’appellation « Anis-Neyret », est attesté par une étiquette publicitaire portant la mention complète « Apéritif anisé, Anis-Neyret, Neyret fils, Arnaud & Cie, Jallieu », imprimée par la lithographie Fouquet, à Bourgoin. La presse locale confirme la diffusion de ce produit dans les débits de boissons de la région bourguoise : en juillet 1928, un fait divers relatif à Bourgoin mentionne, parmi les bouteilles d’un débit, « 12 litre anis Neyret », aux côtés d’un autre anis local, celui de la maison Chavin. La maison produisait également un apéritif à base de gentiane, d’abord vendu sous la simple dénomination « Gentiane » puis, après 1924, sous le nom « Chusa ».
Neyret fils, Arnaud et Cie exerçait le métier de distillateur : un jugement du tribunal civil de Bourgoin, rendu le 15 mai 1925 et rapporté dans la Revue internationale de la propriété industrielle et artistique, la désigne comme « distillateurs à Jallieu ». Ce jugement, obtenu par la Distillerie de la Suze (Maisons-Alfort), condamne Neyret fils, Arnaud et Cie pour imitation frauduleuse de la marque Suze : la société avait fait saisir, le 23 décembre 1924, des étiquettes de l’apéritif « Chusa » jugées trop proches du nom de la marque concurrente.
Selon l’historique de Cherry Rocher, la distillerie Neyret-Arnaud rachète par la suite la distillerie Chavin, elle aussi fondée à Bourgoin — le rapprochement entre les deux maisons est déjà évoqué en ces termes par le Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise, qui range Arnaud, Neyret, Chavin et Day parmi les distillateurs bourguoins d’anisés et d’absinthe. Cette union donne naissance, en 1960 selon la chronologie de Cherry Rocher, à la distillerie Neyret-Chavin, installée à Ruy. En 1986, Neyret-Chavin fusionne à son tour avec la maison Cherry Rocher, de La Côte-Saint-André, puis avec la distillerie de l’Hermitage : c’est ce groupe, toujours en activité à Ruy-Montceau (Isère) sous le nom de Cherry Rocher Neyret-Chavin, qui perpétue aujourd’hui ces raisons sociales successives.
La recherche menée sur les places de marché de collection n’a livré qu’une seule pièce publicitaire pour l’anis Neyret : l’étiquette citée plus haut, seule trace matérielle retrouvée du produit à ce jour malgré une recherche systématique (affiche, plaque émaillée, cendrier, buvard, porte-menu, carton publicitaire, objets de bar). Aucune annonce Delcampe n’a par ailleurs pu être retrouvée par un moteur de recherche externe pour cette marque — une absence qui ne prouve rien en soi, ce site étant mal indexé, mais qui n’a pas pu être complétée. En l’état des sources rassemblées, Anis Neyret paraît avoir été un produit de diffusion régionale, vendu au litre dans les cafés et débits de boissons du secteur de Bourgoin, plutôt qu’une marque soutenue par une campagne publicitaire de grande ampleur.
