« Aude Anis » est le nom que porte, sur au moins un exemplaire connu, une carafe de bistrot dont les inscriptions désignent aussi la « Maison Audier Frères ». Cette maison est une distillerie de liqueurs bien identifiée par les sources professionnelles : établie à Valence (Drôme), au 4 de la rue Chevandier, elle réunit deux fonds fondés en 1833 et en 1850 (raison sociale « Établissements Audier Frères et Arnaud Francisque réunis », attestée par un annuaire commercial de 1922), avant de se constituer en société « Audier frères et Cie » en 1930, pour vingt-cinq ans et un capital de 225 000 francs (Revue des vins et liqueurs, 30 avril 1930 ; Archives commerciales de la France, 21 février 1930).
Le métier de la maison est celui d’un distillateur-liquoriste, qui fabrique lui-même ses produits plutôt que de les négocier. Ses spécialités attestées en 1922 sont la crème de cacao, le curaçao triple sec, le thé chinois, l’arnaudine, l’eau de fleur d’oranger, l’alcool de menthe « La Providence » et l’eau de Cologne ; elle dépose par ailleurs, en 1911, des marques de sirops — gomme, grenade, groseille, orgeat (Revue des vins et liqueurs, dépôts n° 585 à 588). Aucune de ces listes, pourtant assez détaillées, ne mentionne de produit anisé : l’existence d’un « Aude Anis » dans le catalogue de la maison n’est donc, pour l’instant, attestée que par l’objet lui-même.
Ce que produisait au juste cette « Aude Anis » — apéritif anisé, boisson de table ou digestif — la recherche ne permet pas de le préciser : aucune réclame, aucune mention de presse, aucun registre ne nomme la marque elle-même. Son nom pourrait jouer sur celui de la maison (Audier) autant que sur le département de l’Aude ; rien dans les sources consultées ne permet de trancher entre ces deux hypothèses, qui restent l’une comme l’autre non établies.
Le devenir de la marque n’est pas davantage documenté : aucune source ne mentionne de rachat, de disparition ou de survivance du nom au-delà de la carafe conservée.
Côté exposition publicitaire, la recherche n’a rien rapporté au nom d’« Aude Anis » : ni affiche, ni plaque émaillée, ni buvard, ni étiquette n’a été retrouvé. Une recherche croisant systématiquement le nom de la marque avec le vocabulaire de la réclame (affiche, cendrier, plaque émaillée, buvard, étiquette, carte postale, tire-bouchon, etc., quarante et une requêtes) n’a rendu aucun résultat sur les objets de collection en cours de vente, et une recherche web ciblée sur les annonces Delcampe n’a rien livré de plus. Un seul objet publicitaire à l’enseigne de la maison Audier Frères a été repéré en cours de vente, une bouteille-pichet de bistrot « Cordial Oranges » — mais la photographie, trop sombre et floue, n’a pas permis de confirmer la lecture de l’inscription, et la pièce n’a donc pas été retenue comme source. Cette rareté d’objets retrouvés, à mettre en regard d’une maison par ailleurs bien identifiée par les annuaires professionnels, suggère une diffusion publicitaire restreinte de cette marque précise — un jugement prudent, une absence de résultat sur ces plateformes ne prouvant jamais qu’un objet n’existe pas.
