Cherry-Guéry est une liqueur de cerises (« cherry brandy » puis « guignolet d’Angers ») créée et commercialisée à Angers (Maine-et-Loire) par la maison Guéry & Rayer, distillateurs-liquoristes. La marque, dont le nom associe celui d’un des deux associés fondateurs à la nature du produit (le cherry brandy), est attestée par la presse dès 1892 et le reste jusqu’à la fin des années 1930.
La maison Guéry & Rayer était déjà active à Angers en 1895 : le rapport officiel de l’Exposition nationale d’Angers de cette année-là mentionne « le Sherry-Liquor et le Tersec de M. Rayer », preuve que l’un des deux fondateurs, Rayer, produisait déjà des liqueurs avant l’association qui donnera son nom à la marque. Celle-ci se diffuse ensuite très largement dans la France entière : la presse quotidienne régionale (Rennes, Limoges, Nancy, Brest, Lille, Bordeaux, Tours…) publie pendant plus de trente ans, de 1892 à 1925 au moins, des encarts répétés « Liqueur Cherry-Guéry, Angers », preuve d’une politique publicitaire nationale et durable. Un annuaire du commerce de 1909 situe l’entreprise rue de Sully à Angers, sous les rubriques Tersec et Cherry-Guéry.
La maison, spécialisée dans les liqueurs de fruits, était un négociant-distillateur fabriquant lui-même sa production : les factures conservées la désignent explicitement comme « distillateur ». Elle exportait également hors de France, jusqu’en Nouvelle-Calédonie où le Bulletin du commerce de Nouméa recense en 1899 le « Cherry-Guery (cherry-Brandy) » parmi les digestifs disponibles, et vers l’Espagne et l’Italie via des agents.
Dans l’entre-deux-guerres, l’entreprise poursuit son activité sous le seul nom de Maurice Rayer, distillateur à Angers (registre du commerce d’Angers n° 1976), tout en conservant la marque historique Cherry-Guéry à son catalogue aux côtés du Tersec, du Guignolet d’Angers et de la Crème de cassis. Des factures commerciales de 1938 et 1939, adressées à des cafés-débits de Poitou et des Deux-Sèvres, montrent que la maison continuait alors de mettre en avant les récompenses obtenues des décennies plus tôt (hors concours à Paris 1900 et Liège 1905, grands prix à Hanoï 1903, Saint-Louis 1904, Milan 1906 et Londres 1908) — signe de la réputation durable attachée à ces distinctions.
La marque s’est exposée par une réclame de presse abondante et répétitive plutôt que par de grands formats muraux : aucune affiche ni plaque émaillée n’a été retrouvée dans les sources consultées, mais un petit dépliant publicitaire plié en deux volets (conservé) montre une bouteille étiquetée entourée de rameaux de cerises, et un carnet de bistrot distribué aux débitants portait encore, dans l’entre-deux-guerres, le nom « Cherry-Guéry — Liqueur Rayer — Angers ». Une facture d’un épicier-grossiste angevin (Bottin & Chaud, successeurs d’Alfred Pelé) de 1918 reproduit en pied de page l’annonce « Cherry-Guéry, Cherry-Brandy Extra — Guéry & Rayer, Angers », preuve que la marque circulait aussi comme argument commercial chez les revendeurs.
Aucune trace n’a été retrouvée d’un rachat ou d’une disparition datée précisément ; les dernières mentions retrouvées dans la presse remontent au milieu des années 1920, et les dernières pièces commerciales datées à 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
