Cointreau est une liqueur d’écorces d’oranges douces et amères, de type « triple sec », produite à Angers depuis 1849 par la maison du même nom, fondée par les frères Adolphe et Édouard-Jean Cointreau, rue Saint-Aubin. Leur premier succès commercial est le guignolet, une liqueur de cerise dont ils font redécouvrir la recette. L’entreprise déménage en 1857 quai Gambetta, en bord de Maine.
En 1875, Édouard Cointreau met au point un nouveau procédé de distillation donnant un liquide trois fois plus concentré en arômes et moins sucré que les liqueurs d’orange de l’époque : le « triple sec ». La marque en dépose le nom le 20 mai 1885 au greffe du tribunal de commerce d’Angers — un acte conservé aux Archives départementales de Maine-et-Loire, qui en fait la première marque de triple sec déposée. La maison obtient de nombreuses médailles dans les expositions de l’époque, et Édouard Cointreau lui-même rédige, comme rapporteur, les comptes rendus officiels de l’industrie française des liqueurs adressés au ministre du Commerce pour les expositions internationales de Bruxelles (1897) et de Liège (1905) — des rapports aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France.
Le commerce est celui d’un distillateur qui fabrique et commercialise sous son propre nom, sans intermédiaire : la maison contrôle sa distillation comme sa marque, à la différence d’un négociant qui achèterait une eau-de-vie à façon.
La maison s’est fait connaître par une réclame à la mesure de son ambition commerciale : dès 1900, elle figure aux côtés de Guignolet dans une lithographie publicitaire signée Steinlen pour la revue Cocorico ; en 1923 paraît une affiche lithographiée mettant en scène un Pierrot, signée Tamagno. Les objets publicitaires de bistrot — cendriers, portes-mines, pinces à glaçons, services à liqueur, mignonnettes — se comptent par dizaines sur le marché de la collection aujourd’hui, signe d’une diffusion massive et prolongée dans les cafés et débits de boisson français.
Dans les années 1940, la marque ouvre une boutique avenue des Champs-Élysées à Paris et s’exporte vers les États-Unis, qui deviennent son premier marché à l’international. En 1969, la distillation est transférée dans une nouvelle usine à Saint-Barthélemy-d’Anjou, près d’Angers. En 1989, Cointreau fusionne avec les cognacs Rémy Martin pour former le groupe Rémy Cointreau, coté en bourse, qui continue de produire la liqueur aujourd’hui — Cointreau est ainsi l’une des rares marques de ce corpus à n’avoir jamais cessé son activité depuis sa fondation.
