Le Goudron Gascon est un apéritif à base de goudron — cette famille de boissons hygiéniques, à base de goudron de pins de Norvège, connut une vraie vogue commerciale en France entre 1880 et 1910, portée par des maisons concurrentes dans plusieurs régions du pays. La marque « Goudron Gascon », sous cette forme exacte, a été déposée en 1903 par Gabriel Taurines, à Toulouse, en Haute-Garonne : c’est le nom que porte, à la lettre, la carafe de la collection. Une maison d’Auch, dans le Gers, vendait la même année un goudron au nom voisin, « le Gascon ».
La presse locale d’Auch — La République des travailleurs et L’Avenir républicain — rapporte, dans ses éditions du 25 et du 22 juin 1903, la tombola des fêtes de la Saint-Pierre : une bouteille de « goudron « le Gascon » » y figure parmi les lots, offerte par un certain M. Saint-Arroman et remportée par M. Jean-Marie Amade. Les deux journaux orthographient le nom de la même façon.
Le donateur a désormais un prénom et un métier. La même année 1903, la Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation publie, dans sa rubrique des marques de fabrique et de commerce déposées, la ligne suivante : « (Joseph) Saint-Arroman, distillateur à Auch. — Marque : Goudron le Gascon ». Le M. Saint-Arroman de la tombola était donc le distillateur qui avait déposé la marque : le fabricant, et non un simple donateur.
Une précaution s’impose toutefois. Quelques pages plus loin, la même revue enregistre, la même année, un second dépôt presque identique : « (Gabriel) Taurines, à Toulouse. — Marque : Goudron Gascon ». Deux maisons ont donc déposé en 1903 un nom de goudron « gascon », l’une à Auch avec l’article (« le Gascon »), l’autre à Toulouse sans article. La carafe de la collection porte « Goudron Gascon », sans article : c’est, à la lettre, le nom déposé à Toulouse par Gabriel Taurines, et non celui de la maison d’Auch. Les sources consultées ne permettent pas encore de trancher entre les deux maisons, ni de dire si les deux dépôts ont donné lieu à un conflit.
En dehors de ces mentions de 1903, aucune autre trace de la marque n’a été retrouvée dans les journaux dépouillés sur Gallica (plusieurs variantes de recherche interrogées, plus de quatre cents résultats examinés), ni parmi les objets de collection consultés sur eBay (quarante-cinq requêtes croisant la marque, le nom cité et le produit, aucun objet pertinent au-delà d’homonymes du patronyme), ni via une recherche Delcampe restreinte au domaine, qui n’a rendu aucune page exploitable — un silence qui ne prouve pas l’absence de l’objet, seulement qu’il n’a pas été retrouvé par cette voie.
Faute de document publicitaire retrouvé — étiquette, affiche, en-tête de facture —, rien ne peut être dit ici de la présentation commerciale de la marque ni de sa durée de vie au-delà de juin 1903.
Sources : La République des travailleurs, 25 juin 1903 ; L’Avenir républicain, 22 juin 1903 ; Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation, 1903, p. 438 et p. 751 — consultés dans Gallica (Bibliothèque nationale de France).
