La maison qui produisait le Jura Quina s’appelait Barnoud, puis Barnoud & Rollet : une fabrique de liqueurs installée au 41, rue des Salines, à Lons-le-Saunier, dans le Jura. Son papier à en-tête revendique une fondation en 1880 ; la première trace certaine remonte à 1903-1906, sous la seule signature de Claude Barnoud, « Fabrique de Liqueurs et d’Absinthe ». Une annonce parue cette année-là dans la presse du Haut-Jura cherche un représentant pour la région, signe d’une maison déjà organisée pour vendre au-delà de sa ville. Dans les années 1920 et 1930, la raison sociale devient Barnoud & Rollet (« B.R. » sur les factures), toujours inscrite au registre du commerce de Lons-le-Saunier sous le n° 2830.
Le Jura Quina appartient à une gamme très large chez ce distillateur : liqueurs fines (curaçao, kummel, kirsch, triple sec, genièvre…), vins vieux et eau-de-vie de marc du Jura, et plusieurs marques déposées maison — la Liqueur de Montciel et Juranis apparaissent, comme le Jura Quina, sur les factures et les tombolas commerciales de l’entre-deux-guerres. « Quina » désigne ici un apéritif à base de quinquina, l’écorce amère alors très employée en pharmacie et en distillerie ; associé à « Jura », le nom revendique une origine régionale plutôt qu’une recette particulière, pratique courante chez les distillateurs locaux de l’époque.
Barnoud, puis Barnoud & Rollet, sont des fabricants au sens plein : ils distillent, embouteillent et expédient eux-mêmes leurs produits, comme le montrent les factures adressées à des cafetiers de tout le quart Sud-Est (Ain, Doubs…). L’absinthe disparaît du papier à en-tête après l’interdiction de 1915 ; la maison se recentre alors sur les liqueurs, vins et eaux-de-vie du Jura qu’elle continue de vendre au moins jusqu’à la fin des années 1930.
La maison exerce encore en 1938 : un de ses camions de livraison est impliqué dans un accident de la route près de Lons-le-Saunier, rapporté par la presse régionale — preuve d’une activité de dimension au moins départementale, avec son propre parc de véhicules. Aucune trace n’a été retrouvée au-delà de cette date ; le devenir ultérieur de la maison n’est pas établi.
Côté publicité, la maison a imprimé des papiers à en-tête et des menus chromolithographiés soignés (montagnes enneigées, personnage en robe rouge enlaçant une bouteille), diffusés dans les cafés et hôtels de la région. Le musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise conserve par ailleurs une pipe publicitaire « Absinthe Barnoud – Lons-le-Saunier », signe que la maison utilisait, à l’époque de l’absinthe, des objets de comptoir au-delà de l’étiquette. Le Jura Quina proprement dit n’est en revanche attesté que par une mention isolée — un litre offert en lot d’une tombola commerciale à Autun, en 1934 — et par une carafe de bistrot à son nom, sans qu’aucune réclame propre au produit n’ait été retrouvée.

