Le Kina Félix Russe est un apéritif au quinquina, préparé « au vieux vin de Grenache », fabriqué à Castres (Tarn) par la maison Ameyugo Félix. Un papier à lettre à en-tête de la maison, daté de 1911 et conservé grâce à une annonce de vente en ligne, se présente comme une « Grande Distillerie Française » et indique une fondation en 1869 : la marque a donc traversé une quarantaine d’années au moins sous ce nom.
Félix Ameyugo, négociant puis distillateur à Castres, en est le fondateur : la presse toulousaine de la fin du XIXe siècle le désigne comme « l’inventeur bien connu du Kina Félix-Russe », et un registre professionnel du commerce des vins et liqueurs le recense comme « Améyugo (Félix), négociant à Castres ». Il avait auparavant exercé en société avec un autre négociant, Guillaume Alcover, établi à Sóller (île de Majorque, Espagne), sous la raison « Ameyugo et Alcover » pour le commerce des vins — une association dissoute le 14 juin 1890, avant l’essor publicitaire de la marque. Vers 1911, la maison se présente sous la raison « Ameyugo Fils & Martinet, successeurs », toujours à Castres. Une trace plus tardive, en 1929, montre un Auguste Ameyugo, négociant dans la même ville, cédant un fonds de commerce de détail de vins, liqueurs et spiritueux : la continuité avec la maison fondatrice est plausible — même patronyme, même ville, même métier — sans être établie avec certitude.
La moitié « Russe » du nom s’explique par une mode commerciale précisément datée plutôt que par une origine réelle. Un bulletin de la Société du Vieux Papier, consacré aux étiquettes nées de l’alliance franco-russe de 1892, cite le Kina Félix Russe dans une liste d’une vingtaine de marques au même registre : Olga Kina, Kina Gallo-Russe, Russophile, Duna, Tsar, Kina Tsar, Quinquin franco-russe, Moscova, Cronstadtine, Toast de Cronstadt, Tzaritiwne, Moscou, Cognac de l’Alliance, Kremlin. La maison Ameyugo a poussé la mise en scène très loin : une réclame de 1897 prête à la marque un « siège social à Saint-Pétersbourg » et « 800 succursales », Félix Ameyugo y étant présenté comme « seul concessionnaire pour la France » — une théâtralisation publicitaire typique de l’époque, à ne pas prendre au pied de la lettre : aucune autre source ne confirme d’implantation russe, et toute la documentation retrouvée situe uniformément la fabrication à Castres.
Cette même veine a inspiré, vers 1897, un geste publicitaire resté dans la presse régionale : l’envoi gracieux d’une caisse de Kina Félix Russe au tsar et à la tsarine de Russie, suivi d’une seconde caisse offerte au président de la République française — un journal toulousain en a fait un entrefilet flatteur. Localement, le produit se vendait aussi au détail : une liste de prix d’un journal de Castres le mentionne aux côtés d’autres apéritifs et liqueurs de la place.
Ce que devient la marque après 1911 n’est pas établi avec certitude : la trace la plus tardive retrouvée est la vente, en 1929, d’un fonds de commerce de détail de vins et spiritueux par un Auguste Ameyugo, à Castres.
