« Noilly Prat » est le vermouth sec de la maison du même nom, établie à Marseillan (Hérault), au bord de l’étang de Thau, face à Sète. Selon des ouvrages de référence sur l’histoire des marques, la recette remonte à 1813 : elle serait due à Joseph Noilly, pharmacien lyonnais installé à Marseillan. Le nom composé vient de l’union avec la famille Prat — la presse de 1870 nomme « Joséphine Noilly, veuve de Monsieur Claudius Prat » — et la maison a longtemps porté commercialement le siège de sa direction à Marseille (157 rue Paradis), avec entrepôts à Cette (Sète) et à Marseillan et une succursale à Lyon, place Gerson.
Le produit vedette est le vermouth sec, mais la maison a fabriqué plus largement des liqueurs : la presse professionnelle de 1889-1890 la présente comme « fab. de vermouths, absinthes, liqueurs, etc. », et une « Absinthe Noilly Prat » comme une « Noilly Cassis » (crème de cassis) apparaissent dans les sources des années 1920 aux côtés du vermouth. C’est un fabricant à part entière, avec sa propre chaîne de distribution — entrepôts et succursale propres —, et non un simple négociant.
Le nom « Noilly » a fait l’objet de plusieurs litiges entre branches de la famille : contrefaçon d’étiquette jugée à Alès en 1893 au bénéfice de « Noilly-Prat et Cie », puis usage encadré du nom par un homonyme, « L. Noilly fils et gendre », par un jugement du tribunal civil de Saint-Étienne en 1932. La direction est assurée dans les années 1920 par M. Paul Double, administrateur-délégué, représentant M. Prat.
Deux ouvrages de référence sur l’histoire des marques, consultés pour cette recherche, situent un rachat de la maison par un grand groupe de spiritueux : l’un évoque 1971, l’autre 1977 (par Rossi, de Martini et Rossi) ; tous deux la placent ensuite dans le giron du groupe Bacardi-Martini, où elle conserverait, selon l’un de ces ouvrages, une très large part du marché français du vermouth sec. Les deux dates de rachat divergent et ne sont pas départagées par les sources consultées.
L’exposition publicitaire de la marque est celle d’une grande maison nationale : un stand propre à l’Exposition coloniale de 1906 à Marseille, une « Coupe Noilly-Prat » sponsorisant des compétitions sportives dans le Midi durant les années 1940-1950, une présence continue sur les cartes des grands établissements — Folies-Bergère en 1890, paquebots transatlantiques en 1921, jusqu’aux colonies (Nouvelle-Calédonie, Guyane). Les objets publicitaires conservés en attestent la diffusion durable dans les cafés : cendriers, jetons de bistrot en bois, porte-clés, décapsuleurs, cartons publicitaires et une facture à en-tête « Établissements Noilly Prat & Cie », datée de 1929, aujourd’hui conservée.
