La marque Pairroquet apparaît dans la presse française à partir de 1922, en pleine recomposition du marché des apéritifs après l’interdiction de l’absinthe en 1915. Un entrefilet du Républicain de Tarn-et-Garonne (10 juin 1922) raconte que deux commerçants, MM. Pair et Roquet, se seraient associés pour lancer « un apéritif genre absinthe, dont l’appellation est formée de leurs noms réunis », vendu sous une étiquette figurant un perroquet vert absinthe et le slogan « Demandez un pairroquet ». L’anecdote, à prendre avec la prudence qui s’impose pour ce genre d’entrefilet local, trouve un écho inattendu dans un document officiel sans rapport avec la presse régionale : le Bulletin de l’Agence économique de l’Afrique occidentale française (novembre 1923) désigne bien le fabricant comme les « établissements Pair-Roquet, à Neuilly-sur-Seine ».
L’entreprise se structure rapidement. Dès mars 1923, les « Établissements Pairroquet », installés 3 et 3 bis rue Charcot à Neuilly-sur-Seine, font paraître dans La Grande revue des vins et alcools une annonce recrutant des représentants sur tout le territoire, sous le slogan « Garçon ! Un Pairroquet ! L’as des apéritifs ». Le 8 avril 1924, la maison se constitue en société anonyme sous la raison « Établissements Pairroquet », toujours à Neuilly-sur-Seine, au capital de 1 200 000 francs (12 000 actions de 100 francs) — enregistrement publié au Journal officiel du 24 avril 1924. La marque elle-même est déposée la même année : un renouvellement de dépôt daté de 1938 (voir plus bas) rappelle explicitement ce dépôt d’origine. Quelques jours plus tard, le 11 avril 1924, la « Société des Établissements Pairroquet » est partie à un litige prud’homal jugé par le tribunal civil de la Seine — preuve supplémentaire et indépendante de son existence légale à cette adresse (jugement repris par Les Annonces parisiennes du 7 décembre 1925).
Le produit vendu sous ce nom est un apéritif anisé titrant 40°, commercialisé sous l’appellation « Oxygéné » : en août 1923, l’« Oxygéné à 40° « Pairroquet » » figure sur la liste des boissons alcooliques autorisées à la vente dans les colonies de l’Afrique occidentale française. Cette catégorie des « Oxygénées » et apéritifs anisés naît directement de la législation d’après-guerre sur l’absinthe : la loi de 1920 limitait ces boissons à 30°, avant qu’une nouvelle loi, votée le 24 octobre 1922, ne relève ce plafond à 40° — c’est exactement le contexte dans lequel la marque Pairroquet se développe, comme le rappelle le musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise.
Établissements Pairroquet exerçait le métier de distillateur-liquoriste : la maison figure sous cette rubrique dans l’annuaire Paris-adresses de 1932, alors installée 151, avenue du Président-Wilson à Puteaux — un déménagement depuis Neuilly-sur-Seine intervenu entre 1925 et 1932. La marque avait acquis une certaine notoriété : elle est citée en juin 1925 parmi les exposants de la Foire-Exposition d’Orléans, aux côtés de maisons bien plus connues comme l’Amer Picon et le Viandox.
La suite de son histoire reste partiellement établie. Le 26 janvier 1938, le dépôt de la marque « Pairroquet » est renouvelé au greffe du tribunal de commerce du Havre, non plus au nom de la société anonyme de Neuilly, mais par un particulier, M. Jacques Jean Louis Savary, domicilié 66 rue du Maréchal-Joffre au Havre — la protection est alors étendue aux vins, vins mousseux, cidres, bières, alcools et eaux-de-vie (La Journée vinicole, 1er avril 1938, et Revue des vins et liqueurs, 30 avril 1938). Le musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise, qui a consulté l’acte de dépôt, confirme qu’il s’agit d’un renouvellement du dépôt de 1924 — la même marque, donc, mais dont la titularité et le siège ont changé de mains entre 1932 et 1938, sans que l’on sache dans quelles circonstances. Ce que devient la marque après 1938 n’est pas établi.
Sur son exposition publicitaire, le fonds du musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise (collection Delahaye) conserve une carafe, un verre « qui se distingue nettement des verres à absinthe par sa petite taille » et des tickets de fidélité Pairroquet, concluant que « la marque avait une certaine notoriété si l’on en juge par ses objets publicitaires ». La présente recherche n’a en revanche trouvé aucun objet Pairroquet en vente sur eBay (quarante-cinq requêtes croisant marque, fabricant, ville et types d’objets publicitaires) ni, par la voie de recherche indexée, sur Delcampe — un silence qui ne prouve pas la rareté de la marque, seulement l’absence de résultat sur ces deux canaux au jour de la recherche.
Un homonyme mérite d’être signalé sans lui être rattaché : le Didot-Bottin de 1927 recense, 145 rue de l’Université à Paris (7e), un bar nommé « Le Pairroquet » — même orthographe à double « r », mais aucune source ne permet d’établir un lien avec la maison de Neuilly puis Puteaux.
