Pastis Germain est la marque phare d’une maison cévenole fondée en 1881 à Saint-Florent-sur-Auzonnet, dans une vallée minière au nord d’Alès (Gard), d’abord comme société de négoce de vins et de fabrication de spiritueux. En 1900, l’entreprise passe aux mains de Léon Germain, qui développe rapidement un catalogue de liqueurs — kina, fine, gentiane noire, et plusieurs boissons aux noms facétieux destinées aux mineurs du bassin houiller des Cévennes.
Après l’interdiction de l’absinthe en 1915, la maison se tourne, comme beaucoup d’autres, vers un apéritif anisé, baptisé « L’Avion », lancé en 1930. Roger Germain, fils de Léon, rejoint alors l’entreprise et lui ouvre un dépôt à Lyon ; la maison sort de son marché régional et accumule les médailles dans les foires-expositions. Avec la légalisation de l’appellation « pastis » en 1951, « L’Avion » est rebaptisé Pastis Germain.
La maison Germain fabrique et embouteille elle-même ses produits — la mécanisation de l’embouteillage, relevée par la presse locale, accompagne la croissance de la marque après 1951. Elle diversifie sa gamme (« Papé Léon », pastis inspiré d’une recette ancienne ; « Liqueur de Dantzig », clin d’œil aux mineurs d’origine polonaise du bassin), avant de devenir en 2000, sous la conduite de deux associés qui lui ont succédé, la première maison à commercialiser un pastis bleu, le « G Bleu ».
L’entreprise perd son caractère familial en 1992. Sa croissance rapide ne suit plus sa gestion : la liquidation est prononcée le 4 mai 2004. Reprise environ un an plus tard par Noël Carmona, ancien entrepreneur de travaux publics, elle connaît une nouvelle liquidation en 2010, avec perte des droits de douane sur l’alcool. Carmona relance néanmoins la production, d’abord des sirops, puis en 2016 quelques milliers de bouteilles de Pastis Germain et de G Bleu, distribuées dans les commerces de la région d’Alès — la maison a alors aussi acquis le nom et la recette d’une autre marque alésienne, le Pastis Liandier.
Vendue au comptoir des cafés du bassin minier (Gard, Ardèche, Lozère, Hérault), la marque s’est fait connaître par l’objet publicitaire de bistrot plutôt que par la grande affiche : un pichet en faïence portant « GERMAIN ANIS PASTIS DU GARD » et des services de verres à pastis gravés « GERMAIN » circulent aujourd’hui chez les collectionneurs — signe d’une diffusion large mais restée régionale, à l’image d’une marque de comptoir plus que d’une grande maison nationale.
