Pernod Fils est le nom commercial le plus ancien et le plus célèbre porté par la distillerie de Pontarlier (Doubs), fondée en 1805 par Henri-Louis Pernod. La maison a fait de l’absinthe sa spécialité et son nom, au point que « Pernod » est resté, bien après l’interdiction de cette boisson, synonyme du produit lui-même dans le langage courant.
Les pièces commerciales conservées attestent une activité continue et un lien constant avec Couvet, en Suisse voisine — une lettre affranchie en 1874 relie déjà « Pernod Fils, Pontarlier » à « Couvet, Suisse » ; des factures de 1899 et 1901, puis une traite de 1912, portent toutes la même double mention « Pontarlier / Couvet », la seconde facture précisant la raison « Maison Pernod Fils / Veil-Picard & Co » — preuve qu’une association avec la famille Veil-Picard existait déjà bien avant la Première Guerre mondiale, et non seulement après elle comme on pourrait le déduire d’un examen trop rapide des sources des années 1920. Cette proximité entre les deux rives de la frontière rappelle l’origine même de l’absinthe industrielle, née dans le Val-de-Travers suisse avant que la distillerie ne prenne toute son ampleur du côté français, à Pontarlier.
La maison exerçait alors le métier de distillateur d’absinthe en direct, à grande échelle : plusieurs cartes postales d’époque montrent les vastes « Usines Pernod Fils » de Pontarlier, avec leurs bâtiments industriels alignés le long du Doubs. Une carte postale documente aussi qu’en 1914, au début de la guerre, la maison mit une ambulance à disposition des blessés militaires — signe de son poids local et de son intégration dans la vie de la cité.
L’interdiction de l’absinthe en France, en 1915, met fin à la fabrication du produit qui avait fait la renommée de la maison. Le nom « Pernod Fils » ne disparaît pas pour autant : selon un profil financier détaillé publié par l’hebdomadaire L’Européen le 21 juillet 1933, l’ancienne marque d’absinthe « Pernod Fils » de Pontarlier devient la propriété d’une société, Veil-Picard et Cie, qui s’associe à la maison Hémard, de Montreuil-sous-Bois, pour fonder « A. Hémard et Pernod Fils » et relancer un anis sans absinthe sous ce nom. Cette maison entre alors en concurrence commerciale et publicitaire directe avec une autre maison, elle aussi appelée Pernod mais sans lien d’origine directe avec la première : les Établissements Pernod Père et Fils, d’Avignon, dont l’histoire propre remonte à 1860. En 1928, les deux maisons rivales fusionnent pour former les Établissements Pernod (82, rue des Pyrénées, Paris), qui reconstituent alors une gamme entière d’apéritifs anisés sans absinthe, vendus sous plusieurs noms commerciaux parallèles — Pernod Fils (nom historique reconduit), Pernod Export, Un Pernod, Pernod Sec — tous à 40° jusqu’en 1938, année où le degré autorisé passe à 45° et où apparaît Pernod 45. Plusieurs objets tardifs (mignonnettes, éléments publicitaires) portent encore, sur le nouveau Pernod 45, l’ancienne mention patrimoniale « Couvet Suisse – Pontarlier », signe que la maison a continué de se réclamer de ses origines longtemps après avoir cessé d’y produire de l’absinthe.
Comment la marque s’exposait : au-delà des grandes usines elles-mêmes, largement photographiées sur cartes postales, la maison diffusait des façades de caisse publicitaires pour les débits de boisson, des carnets publicitaires, et plus tard, sous les Établissements Pernod, des éventails et d’autres petits objets de comptoir dans la même veine que ceux documentés pour Pernod Export et Un Pernod — signe d’une gamme entière traitée avec la même politique de réclame de proximité, plutôt que d’un affichage urbain à grande échelle.
