René Pernot était un liquoriste dijonnais, sans lien connu avec la maison Pernot Émile de Pontarlier, ni avec la maison Pernod : simple homonyme, comme le relève le Musée de l’Absinthe d’Auvers-sur-Oise dans un article qui rappelle que « Pernod était un nom magique » dans le monde des boissons anisées, ce qui poussait plusieurs porteurs du nom voisin « Pernot » à se lancer eux aussi dans la liquoristerie.
René Pernot fit un premier dépôt de marque le 12 avril 1932 au greffe du tribunal de commerce de Dijon, au nom de la Société à responsabilité limitée René Pernot, alors installée 7 quai Étienne-Bernard, pour désigner une liqueur d’anis. Un second dépôt suivit rapidement, le 23 mai 1932 : la marque prit cette fois un nom personnalisé, « Un René » — reprenant, dix-huit ans après l’interdiction de l’absinthe (1915), le principe de nommage rendu célèbre par « Un Pernod », l’un des produits phares de la maison Pernod Fils. C’est à cette occasion qu’apparaît la raison sociale Établissements René Pernot.
En 1933, la maison, désormais installée 8 place du Trente-Octobre à Dijon, dépose une nouvelle marque, « Un Nature », le 3 juillet : le dépôt précise qu’il s’agit d’une liqueur d’anis sans sucre, ce qui explique la présence récurrente d’une fontaine dans l’iconographie de la marque — un objet publicitaire caractéristique associé à ce produit. Sur ces pichets et fontaines publicitaires, la couleur du liquide oscille, selon les exemplaires connus, entre le jaune de l’anis et un vert plus proche de celui de l’absinthe, entretenant une ambiguïté visuelle avec la boisson interdite.
La maison a également commercialisé une crème de prunelle sous son propre nom (« Crème de Prunelle, Établissements René Pernot, Dijon »), signe d’une gamme qui dépassait la seule liqueur anisée. L’ensemble de ces produits était vendu à 40°, comme la plupart des apéritifs anisés de l’époque, jusqu’à ce que le degré légal passe à 45° en 1938 — René Pernot en profita alors pour renouveler sa publicité en couleurs, la fontaine restant l’élément visuel central de la marque.
Il s’agissait donc d’un distillateur-négociant en nom propre, structuré en société à responsabilité limitée, fabriquant et vendant lui-même sa gamme de liqueurs sous plusieurs noms commerciaux parallèles (Un René, Un Nature) — une pratique de marque multiple déjà observée chez d’autres maisons de la même génération dans la région (Pernod Fils avec Un Pernod, Pernod Export, Pernod Sec).
Comment la marque s’exposait : René Pernot jouait ouvertement la carte de la nostalgie de l’absinthe, avec le slogan « Au Goût d’Autrefois », retrouvé sur une plaque publicitaire de café-bistrot conservée. La maison employait aussi des représentants de commerce, dont une carte de visite a été conservée, et diffusait des cendriers en verre églomisé, des pichets et fontaines publicitaires en faïence ou en verre, ainsi que des carafes de comptoir — autant de petits objets destinés au débit de boisson plutôt qu’à un affichage urbain de grande ampleur.
