Frédéric Mugnier fonde à Dijon, en Côte-d’Or, une fabrique de liqueurs en 1863. Un compte-rendu des travaux de la Chambre de commerce de Dijon le mentionne dès 1878 comme « propriétaire et négociant à Dijon ». Les affiches signées Jules Chéret, conservées à la Bibliothèque nationale de France, le désignent ensuite comme « seul fabricant » du Quinquina Mugnier, sur cinq tirages successifs entre 1890 et 1907.
Le Quinquina Mugnier est un apéritif à base de quinquina, vendu « dans tous les cafés » selon le slogan répété sur ces affiches. La maison élargit sa gamme à d’autres boissons sous le même nom : crème de cassis de la Côte-d’Or, guignolet, kirsch, absinthe, et un vermouth appelé « la Cherrette », que Frédéric Mugnier revendique comme son invention sur une affiche de 1907.
Frédéric Mugnier est à la fois distillateur et négociant : il fabrique lui-même ses liqueurs à Dijon et les commercialise sous son nom propre plutôt que sous une raison sociale collective. À l’Exposition universelle de Paris de 1900, il figure comme membre du jury, hors concours, et président de section (classe 6) pour son cassis et son quinquina — une distinction reprise ensuite comme argument commercial sur ses étiquettes.
Après la mort du fondateur, l’entreprise reste dans la famille : une lettre à en-tête de 1927 porte la raison sociale « Les Petits-Fils de Frédéric Mugnier, Successeurs », tandis que des documents commerciaux de 1932 et 1933 continuent d’utiliser le seul nom « Frédéric Mugnier ». Selon l’histoire du Domaine Mugnier, aujourd’hui domaine viticole de Chambolle-Musigny, la fabrique de liqueurs est exploitée conjointement avec le vignoble familial par les fils puis les petits-fils de Frédéric jusqu’en 1949. En 1950, Jacques-Frédéric Mugnier, arrière-petit-fils du fondateur, cède l’activité liquoriste, affaiblie par la guerre et les difficultés économiques, pour se consacrer au seul domaine viticole.
La maison s’est appuyée sur une réclame de premier plan : les affiches de Jules Chéret, artiste alors très recherché des grandes maisons de spiritueux, ont été rééditées à cinq reprises sur près de vingt ans, signe d’un budget publicitaire soutenu. S’y ajoutent un tapis de jeu publicitaire destiné aux cafés et des étiquettes mentionnant la distinction obtenue à l’Exposition universelle de 1900 — la maison cherchant visiblement à valoriser cette reconnaissance officielle plutôt qu’à multiplier les slogans.
