La Salers est une liqueur de gentiane fondée en 1885 par Ambroise Labounoux, originaire de Haute-Corrèze, qui installe sa distillerie à Montaignac-Saint-Hippolyte, près de Tulle (Corrèze). La maison s’approvisionne alors en racines de gentiane sauvage dans les montagnes qui entourent le village de Salers, dans le Cantal voisin — c’est ce lieu de récolte, et non le siège de l’entreprise, qui donne son nom au produit.
Le commerce reste familial pendant plus d’un siècle, et la presse professionnelle du vin et des spiritueux atteste la marque dès la fin des années 1920. En septembre 1927, La Voix des débitants, journal corporatif de Limoges, publie une réclame pour le « Kirsch Labounoux » et pour « Salers, apéritif hygiénique à la Gentiane d’Auvergne », tous deux situés « à Montaignac (Corrèze) ». En mars 1933, La Grande revue des vins et alcools reprend l’annonce en précisant un dépôt parisien, 72 rue Borghèse à Neuilly — signe que la maison cherchait déjà un débouché en région parisienne.
Cette expansion se confirme début 1938 : une notice des Archives commerciales de la France (26 janvier 1938) enregistre, sous la raison « Distillerie de la Salers, anciens établissements A. Labounoux », établie à Égletons (Corrèze), l’apport du fonds de distillerie de Montaignac ainsi que d’un droit au bail de locaux au 68 bis rue de l’Aigle, à La Garenne-Colombes (alors Seine) : l’installation d’un entrepôt aux portes de Paris, que les historiques ultérieurs de la maison situent dans l’entre-deux-guerres, avant un second entrepôt à Puteaux.
La marque s’est autant fait entendre que voir. En 1937, la maison Labounoux fait diffuser une chanson publicitaire, sur une musique à l’accordéon de Jean Ségurel et des paroles de Jean Leymarie — auteur, la même année, du succès Bruyères corréziennes. Cette réclame chantée se répand dans les campagnes du Limousin et de l’Auvergne, au point d’être encore relevée des décennies plus tard par les enquêteurs qui collectent la chanson traditionnelle dans les années 1970. La maison fait aussi imprimer, en 1930, une affiche publicitaire conservée à la bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole. En mai 1939, La Journée vinicole relève au Congrès du Syndicat national des représentants « la Gentiane Salers » qui « dresse sa haute bouteille à côté de son comptoir » — une bouteille de démonstration surdimensionnée, procédé alors classique de mise en scène sur les stands professionnels.
L’entreprise Labounoux reste familiale jusqu’au XXIe siècle. En 2006, alors qu’elle emploie 28 salariés et dispose d’une unité commerciale et logistique à Puteaux, la famille cède la production de la Salers à la maison Pagès Védrenne, via la holding Dolfi. En juin 2008, la fabrication rejoint la Distillerie des Terres Rouges, à Turenne (Corrèze), au sein du groupe familial Védrenne dont le siège est au Puy-en-Velay. La Salers continue d’être commercialisée sous ce nom : c’est aujourd’hui l’une des principales liqueurs de gentiane vendues en France, avec la Suze et l’Avèze.
