Tivoli-Fraise est une liqueur de fraise des Établissements du Tivoli, maison familiale fondée à Montluçon (Allier) en 1883 par Émile Aufierre, dans les locaux d’une ancienne salle de bal appelée « Le Tivoli » — nom qui donne son enseigne à l’entreprise. Sous la conduite d’Émile Aufierre puis de ses fils, la maison développe une distillerie de liqueurs, un négoce de vins et une vinaigrerie, avant de se tourner vers la moutarde à partir de 1948 sous la marque « Votilia ». La « Distillerie du Tivoli » de Montluçon est citée en juillet 1924 par la Grande revue des vins et alcools, revue professionnelle du secteur, parmi les maisons de spiritueux en activité. La maison commercialisait par ailleurs d’autres boissons sous le même nom, dont une orangeade sanguine, également présente dans cette collection.
Tivoli-Fraise appartient à une gamme de liqueurs vendue sous l’enseigne Tivoli — Tivoli-Or, Anisette Tivoli, « Mint’Oli », Triple-Sec, cassis, guignolet, framboise — aux côtés de sirops (menthe, grenadine) et de marques nationales revendues en gros par la maison (Dubonnet, Noilly Prat, Pernod Fils, Cap Corse). Six factures conservées, datées de 1936 à 1954, attestent la vente régulière de « Tivoli-Fraise » à 16°, en bonbonnes et bouteilles cautionnées puis reprises comme le voulait l’usage du commerce de gros, à des cafés et hôtels de l’Allier, du Cher et de la Creuse (Mainsat, Saint-Amand). Chaque expédition de spiritueux était accompagnée d’un « congé » — le laissez-passer fiscal de la Régie pour le transport d’alcool — dont un exemplaire de 1954 a été conservé avec sa facture.
La maison était donc à la fois distillateur pour sa propre gamme et grossiste pour des marques tierces, une activité de négoce en gros et non de détail : les factures retrouvées s’adressent systématiquement à des débitants de boissons, jamais à des particuliers. Le nom « Tivoli-Fraise » y est marqué comme marque de fabrique déposée.
Le département « Liqueurs et vins » de la maison est abandonné fin 1961, l’entreprise se recentrant sur le vinaigre et la moutarde ; elle est reprise par une filiale d’Amora fin 1967. Tivoli-Fraise n’a donc pas disparu par échec commercial : son activité a cessé avec la réorientation volontaire de la maison vers d’autres produits, qui ont assuré sa survie plusieurs décennies de plus sous d’autres marques.
Sur le plan publicitaire, aucune affiche ni plaque émaillée n’a été retrouvée pour Tivoli-Fraise : les seuls documents conservés sont des papiers de commerce de gros — factures à en-tête imprimé en rouge et noir, timbrées, frappées d’un cachet de marque déposée — plutôt que des supports destinés à l’affichage de rue. Cette régularité sur près de vingt ans traduit une maison bien implantée localement, vendant sa gamme aux débits de boissons de sa région plutôt qu’une marque diffusée nationalement.
