La maison Trilles est une distillerie de Perpignan (Pyrénées-Orientales), fabricante d’un vin apéritif au quinquina vendu sous son propre nom et sous celui de « Banyuls-Trilles ». Une réclame parue le 19 août 1883 dans Le Passe-partout, revue perpignanaise, atteste déjà la maison sous la raison « Trilles frères » : elle y vante le « vin de Banyuls-Trilles à base de quinquina », alors distribué en siphon (« Syphon-Trilles ») par la Compagnie glacière locale.
Une facture à en-tête de la maison, datée du 4 novembre 1911 et adressée à un client d’Albi, donne une raison sociale précise : « Henri Trilles, Banyuls-Trilles Quinquina », à Perpignan (téléphone 1.34). Elle détaille la vente directe d’un fût de 33 litres de « Trilles » à 150 francs l’hectolitre, et son en-tête énumère une longue série de récompenses obtenues aux expositions internationales — Paris 1878, Bruxelles 1880, Tours 1891, Caracas 1886, Liège 1905, Marseille 1906, Bordeaux 1907, Bruxelles 1910 — signe d’une maison déjà solidement établie avant la Première Guerre mondiale.
En 1905, une affiche signée du célèbre affichiste Leonetto Cappiello, conservée à la Bibliothèque nationale de France, fait connaître un autre produit de la maison, « Tog, Quinquina », alors porté par Albert Trilles, à Perpignan — sans doute un parent d’Henri Trilles au sein de la même maison familiale. Une pièce d’archive datée de janvier 1930 mentionne par ailleurs un « Henri Trilles » établi à Bordeaux ; la nature exacte du lien avec la maison de Perpignan (succursale, association commerciale, homonymie) n’est pas établie ici.
La maison se présentait comme distillateur-producteur, vendant en fûts aux débitants comme le montre la facture de 1911, et non comme simple négociant revendant un produit tiers. Le vin apéritif au quinquina qu’elle proposait relevait de la tradition catalane : une carte postale publicitaire de l’époque montre d’ailleurs la marque associée au geste de « boire à la régalade ».
La marque a soutenu sa diffusion par une importante campagne publicitaire : au moins deux affiches distinctes pour « Tog Quinquina Trilles » (celle de Cappiello en 1905, une autre signée du dessinateur Rafi), des cartes postales publicitaires, un carton publicitaire (vers 1930) et un carnet publicitaire au slogan « Demandez un Trilles ! ». La variété et la qualité de ces supports — affiches grand format signées de noms reconnus, cartes et carnets multipliés — signalent une maison de taille régionale importante, qui a cherché à couvrir tout le Roussillon et au-delà pendant plusieurs décennies.
