Le Triple Sec Fournier-Demars est une liqueur d’écorces d’orange fabriquée par la Distillerie Fournier-Demars, maison établie à Saint-Amand-Montrond, dans le Cher. La maison, dirigée par Ernest Fournier, dépose la marque « Fournier-Demars » pour désigner une liqueur le 30 septembre 1936 au greffe du tribunal de commerce de Saint-Amand — dépôt publié dans La Journée vinicole du 8 janvier 1937, aux côtés d’un second dépôt du même jour pour un « Quinquina du Grand Condé ». Un annuaire professionnel plus ancien, la Revue des vins et liqueurs et des produits alimentaires pour l’exportation de 1922, mentionne déjà « Fournier-Demars, à Saint-Amand » et la « Maison Fournier de Mars » : l’activité de la maison est donc attestée quatorze ans avant ce dépôt, et des documents commerciaux conservés remontent même à 1906.
La distillerie ne produisait pas que du triple sec : les factures et affiches retrouvées attestent d’un catalogue large — Anis Impérator, Curaçao, Royal Fraise, Impériale Framboise, un « Zeste » — signe d’une maison de liqueurs de fruits et d’écorces généraliste plutôt que d’une spécialiste d’un seul produit. Un cendrier publicitaire porte le slogan « Le Triomphe de la Qualité ». La maison a fabriqué et commercialisé elle-même l’ensemble de sa gamme, sous sa propre raison sociale, sans intermédiaire connu.
Un trait distingue cette maison : plusieurs de ses bouteilles et pichets n’étaient pas de simples flacons de verre, mais des pièces en grès flammé signées Denbac — la manufacture de céramique d’art de Vierzon (Cher), toute proche de Saint-Amand, réputée pour ses émaux et ses formes travaillées. Ce choix d’un contenant artisanal plutôt qu’industriel, pour une distillerie de province, témoigne d’un soin particulier porté à la présentation du produit.
L’activité de la maison est documentée sur près de six décennies par des documents commerciaux datés (traites et factures de 1906, 1918, 1919, 1920, 1937, 1939, 1940, 1947, 1951, 1952, 1955, jusqu’en 1963-1964), ce qui en fait l’une des distilleries les mieux attestées dans la durée parmi celles rencontrées. Ce qu’il est advenu de la marque après le milieu des années 1960 n’a pas pu être établi avec certitude à partir des sources consultées.
Sur le plan publicitaire, la maison a fait imprimer plusieurs affiches — dont une pour son « Zeste » et une pour son Curaçao —, un cendrier métallique, des menus illustrés distribués dans les cafés et restaurants (« Menu illustré, Distillerie Fournier-Demars, Saint-Amand-Montrond »), ainsi que des enveloppes commerciales à en-tête. Cet ensemble dessine une maison bien implantée dans son département, misant sur des supports variés du commerce de gros et de la restauration plutôt que sur une seule grande campagne d’affichage.
