« Un Junod » est le nom sous lequel la maison Junod, distillateurs d’absinthe à Pontarlier (Doubs) depuis 1838, commercialise à partir de 1922 un apéritif anisé — un anis supérieur, produit de repli après l’interdiction de l’absinthe en 1915. La marque emprunte donc le nom de famille du fondateur, comme le faisait déjà l’absinthe de la maison, connue dans la presse professionnelle dès 1897 sous « Absinthe Junod, à Pontarlier ».
La distillerie a été fondée par Henri-Auguste Junod, puis dirigée à partir de 1870 par son fils Arthur, qui l’industrialise, et à partir de 1907 par son petit-fils Auguste Junod. C’est cette troisième génération qui, la fabrication de l’absinthe interdite, lance en 1922 l’anisette « Un Junod » : un négoce familial de distillateurs, et non un simple embouteilleur, puisque la maison produisait elle-même son extrait d’absinthe depuis près d’un siècle avant de reconvertir son outil vers l’anis.
Un annuaire du commerce de 1926 recense pour « Un Junod, Anis » un dépôt à Saint-Mandé, dans la Seine — signe que la maison, provinciale, tenait à disposer d’un point de vente ou d’un représentant dans la région parisienne pour diffuser son anisette au-delà du Doubs. La marque ne semble toutefois pas avoir eu une longue carrière : l’inventaire du patrimoine de Bourgogne-Franche-Comté indique que la société Junod disparaît peu après son changement d’activité, et que dès 1926 une succursale d’une autre maison, Hémard et Pernod Fils Réunis, occupe une partie des locaux désaffectés de la distillerie, avant de fermer à son tour au début des années 1930. En 1932 pourtant, le Journal officiel mentionne encore un employé exerçant « à la distillerie veuve A. Junod, à Pontarlier » — Auguste Junod étant mort en 1927, l’entreprise semble alors se poursuivre, au moins nominalement, sous la direction ou au nom de sa veuve.
La maison s’est visiblement exposée par de petits objets de comptoir plutôt que par de grandes réclames murales : un étui publicitaire à tickets de métro et d’autobus parisiens, vers 1930, porte en relief « Un Junod » et « Anis supérieur » — un objet de poche, distribué sans doute aux clients ou aux cafetiers, pensé pour circuler dans les transports en commun de la capitale plutôt que pour orner un mur de bistrot. La maison avait auparavant fait imprimer, pour son absinthe, une plaque publicitaire en tôle au nom d’« A. Junod, Pontarlier (Doubs) », signe d’une politique de réclame déjà organisée avant la conversion à l’anis.
