La maison L. Bonnin et Cie, distillateurs, était établie à Mauzé — aujourd’hui Mauzé-sur-le-Mignon, dans les Deux-Sèvres. Elle figure dès 1890-1892 dans l’Annuaire de l’épicerie française et de l’alimentation (Paul Garnaud), qui la classe dans la rubrique « Distillateurs » du département : à l’entrée « Mauzé » se lit « Bonnin (L.) et Cie », parmi cinq maisons de la commune. Les Archives commerciales de la France enregistrent ensuite, le 28 décembre 1895, la constitution formelle de la société « Bonnin L. et Cie », pour une durée de dix ans, au capital de 100 000 francs, activité déclarée « Liquides » — toujours à Mauzé. Ces deux mentions, indépendantes l’une de l’autre et antérieures à l’objet lui-même, confirment ce que porte la carafe : « L. BONNIN & CIE, DISTILLATEURS, MAUZÉ (DEUX-SÈVRES) ».
Une carte commerciale repérée sur le marché de la collection (annonce archivée) montre que la maison reprenait un fonds plus ancien : elle s’y présente comme succédant à la « Maison H. Burgaud-Guittard, fondée en 1810 », sous une raison lue avec quelque incertitude « A. Bonnin & Cie Succrs » — une initiale différente de celle des sources plus anciennes, qui pourrait désigner un successeur dans la même famille plutôt qu’une autre maison, sans qu’on puisse le confirmer. À la date de ce document, la maison a pris la forme d’une société à responsabilité limitée — un statut qui n’existe en France que depuis 1925, ce qui situe la carte après cette date —, au capital de 350 000 francs, immatriculée au registre du commerce de Niort sous le n° A4147-C210 ; elle est toujours installée à Mauzé-sur-le-Mignon et dispose du téléphone (n° 14).
Quel produit ? La maison n’est pas une simple marque de boisson mais un commerce complet de vins et spiritueux : la carte commerciale l’annonce comme « vins & eaux-de-vie en gros », pratiquant la « distillation par la vapeur », et vendant liqueurs, vins fins et sirops. Une inscription partiellement recouverte sur ce même document pourrait désigner une spécialité de la maison, une liqueur d’anis dont le nom exact reste incertain à la lecture.
Quel commerce ? L. Bonnin et Cie cumule donc les deux métiers : distillateur, qui transforme lui-même (« par la vapeur ») ; et négociant en gros, qui achète, assemble et revend vins fins et liqueurs sous sa propre raison. C’est le profil courant d’une maison de chef-lieu de canton, à mi-chemin entre l’atelier artisanal et le simple débit.
Que devient-elle ? Aucune source consultée ne permet d’établir la date de cessation d’activité. Une monographie économique du département, en 1931, situe l’industrie de la distillation surtout dans le sud des Deux-Sèvres (Melle, Niort) et signale, à cette date, une distillerie en activité à Mauzé — sans toutefois nommer la maison qui l’exploite alors.
Comment la marque s’exposait-elle ? Aucune affiche ni plaque émaillée n’a été retrouvée pour cette maison malgré une recherche systématique. Ce que le commerce a laissé, ce sont des documents imprimés à usage commercial — la carte décrite plus haut, sortie d’un atelier d’impression bordelais spécialisé dans ce type de papeterie pour le commerce des vins — et des carafes de bistrot en verre soufflé, à décor émaillé armorié (écu sommé d’une couronne murale, lambrequins, banderole portant le nom). Un support d’échelle modeste, cohérent avec une maison de canton plutôt qu’avec une marque à diffusion nationale.
